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Full text of "La pogonotomie, ou L'art d'apprendre a se raser soi-meme, avec la manier de connoitre toutes ..."

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V-b. Fv.1T. A. 5 6^ 



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LA 

POGONOTOMIE, 

o u 
L'A R T 

D'A P P R E N D R E 

A SE RASER SOI-MEME; 
AVE C 

La manière de connoître toutes fortes de 
Pierres propres à affiler tous les outils 
eu injlrumens ; & les moyens de pré- 
parer les cuirs pour repaffer les ra~ 
foirs, la manière d en faire de très-ions ; 

SUIVI 

Tfwte Obfervation importante fur la Saignée. 

Par J. J. Perret , Maître & Marchand 
Coutelier , Ancien Juré-Garde. 

Y V E R D O N. 

W*—— —^— *^ j!— "^—^ 

M. DC C. \J^^ 




a 






PRÉ FACE. 



c 



E tfefi qu'en tremblant que j'entre dans. 
ta carrière , où tant de Savansfe diftin* 
guent ; il y auroit même de la témérité* 
de ma part > d? ambitionner le titre ctAu-., 
teur , dans un fiecle aujji éclairé , Ji je 
ne me fentois en état de donner des ob- 
fervations nouvelles & utiles , fur un Art, 
que la grande habitude m'a rendu fami- 
lier y ǧ que les réflexions m'ont fait per- 
fectionner. 

Il ne faut. point s'attendre à trouver dans 
mm ouvrage les agrêmens d'un difcours 
pompeux ; mon feul but eft d'être utile > je 
cherche feulement à nf exprimer le plus clai- 
rement qu'il m'eflpojjîble, ç'eji là ma feule 
ambition. Jaloux de procurer au genre hu- 
main quelques connoiffances* je lui décou~ 
Ttrirai tout ce que de longues expériences 
mont appris dans un Art dont il a con*^ 
iinuûkmmt befoin* 



iv P RiFACi 

J'indiquerai d 'abord aux hommes , kf 
moyens les plus fùrs & les plus faciles pour 
je faire eux-mêmes , & avec cPëxtérité 9 
une opération devenue prefque indijpenfa- 
ble ; excepté chez quelques nations particu- 
lières', qui , jaloufes des mœurs antiques , 
croiroient dégrader la prejlance mâle , fils 
fe coupoient entièrement la barbe. 

Il ejl furprenant , que parmi une foule 
innombrable de volumes, qui honorent notre 
littérature , ainji que dans toutes celles de 
l * Univers, on ne trouve pas une jknple bro- 
chure qui enfeigne à t homme les principes 
pour commencer , dansfajeuneffe, àfefau 
revne opération quHleft obligé, parlafuu 
te , de répéter plufieurs fois la femaine. 

On me répondra , peut-être , • qu'il y a . 
des Barbiers publics pour les tins , & des 
Valets de Chambre pour les autres ; fen 
conviens: mais -quels inconvénients n'en réfuU . 
te-t-îlpas ? combien de gens gagnent , par 
le moyen des rafoirs &favonnettes qui ont 
fervi à rafer des perfonnes malf aines , des 
dartres ', des boutons , & '- quelquefois des 
maladies funéftes , qui paffentdans la mafl* 
dnfang ; & y font des rœwges cruels ? 
Jle/i împo^ible^ même à m kabih Barbier r 



préface; v 

de faire la barbe à un homme dartreux , r ££ 
dont' le vif âge eft couvert de boutons, fans 
écorcberlafuperficie des boutons ; c'efi alors 
que kpusfe cole 9 non-feulement au rafoir* 
&fe loge dans les pores de t acier , mais en- 
core il s' attacha fur le frottoir 9 fur la main 
du Barbier , â la fœvmnette 9 au linge 9 & 
aubaJJïn;tous les infirumens dont on s'efl 
fervi pour cette opération 9 deviennent les 
dépofitairesdes corpufcules 9 &font capables 
de communiquer des malpropretés , des ma* 
ladies déj agréables 9 & quelquefois honteufes 
à celui qui aura le malheur d'être opéré avec 
h même main y & les mêmes infirumens : 
malheureufement unfeul homme n'emporté 
pas tout le virus 9 pour peu qu'il en refte J 
même Peffuk-main 9 où tout le monde va fef- 
fuyer, il en a toujours fuffif miment pour 
communiquer quelque malpropreté à ceux 
qui fe font rafer pendant cette fournée. 
• Quel accident pour des gens de bonne conf* 
ttttftion , fainsde h peau & dufang 9 de 
courir depareUs rifjques l Croiroit - on de 
bonne foi que ce que? annonce efi fans exem^ 
pie ? Le fait efi malheureufement trop évi- 
dent , pour êtrefoupqonnê de faux* Pwr Vs 
diwmtir, jlfaudroit réfuter la î>offxUU\i te, 



Vj PRÉFACE. 

f inoculation de la Petite Vérole ; mais cet% 
té opération eft actuellement trop connue 9 
pour entreprendre de la révoquer en doute ; 
par conséquent Vinfertiùn des corpufcules 
morbifiques par les Barbiers , rCeft ni moins 
certaine , niplusfurprenante* 

Ceux qui font venir les Barbiers che& 
eux , ne font pas à F abri de toute crainte 9 
quoiqu'ils aient tous leurs inftrùmens , qui 
ne fervent qu'à euxfeuls ; parce que la main 
du Ghricotomifte eft toujours entichée du w* 
'rui , foit pour avoir favonné lui- même le 
vif âge malade, foit pour s* être effuyé les 
mains après celui qui a fait ^opération. H eft 
à remarquer que dans tous ces cas le danger-^ 
eft encore bien plus grand, lorfqueVon re* 
'<çoit une coupure 9 telle légère qu'elle foit. 

Les Seigneurs 9 qui ont des Valets de. 
Chambre , ne font pas , j'en conviens >■ fi 
expofés que les autres à gagner des maladies 
de la peau , pourvu toutefois que leurs Bar* 
bien n'aient pas rafé quelque domeftique , ni 
fer forme qui ait le vif âge boutonné , dar- 
treux ou malade , avant que de rafer leurs 
Maîtres: s 

Mais ee qu'il y a de certain > c'eft que les 
Sommes qui Je rafent eux+yiêmzs > Qttt le vu 



î> R É F A C E;] *$ 

fàge uni & plus ragoûtant , que ceux quîft 
font raferpar des mains étrangères. 

Comme beaucoup de perfonnës ont été les 
*vi8;imes de leur inattention à cefujet, o% 
fent plus que jamais la nécejjité de Je faire 
cette opération foumème , & K ft)nfèfait un, 
plaifir Rapprendre à fe délivrer de tout* 
crainte , dut^oiï, les premières fois que ton 
fe rafe , rifquer quelques légères coupures*! 

Ceftpour épargner aux nouveaux Bat •-; 
hier s le déj agrément de cescoièpWes au vif a* 
ge, que j "inventai* en 17627 te refaire 
rabot ( * ) qui eji certainement trè$-com^ 
mode pour apprendre àfe rafeïfoi-même , 
parce quHl a davantage de fàttorafer* & 
àuffi près que ton' vèutyf(^^^d^fa 
couper. *-■ <^-v « : ^. 

Quoique cet inftrument parie avec M 



.(*) Voyez le Mercure d'Avril 1762 ,'.3Î. Moreàu* 
mon confrère y s'eft annoncé comme Auteur de cette 
invention, 'dpns.les Quilles de l'avant iÇooreur du 
dois de Mars 4 'mm 'A n'y a eu .d'autre part que d'en» 
voyer un particulier eh acheter un chez moi, Fei-» 
jçnatit d'être i «nVôye Ai la part de M. de |a PJace; 
Apteur do mercure* \& .Savoir en&its oép& Toute 
fe^Idre C fi 5*çn efl; «ne d'&re plagiaire ) fut Véduite 
apafler l'eTpacè; d'un .mois' pour un Âutèiir d'un inf* 
tournent <jui ne M wofrtt&tè qp&$&Xw*&$ sàètffe* 



{Wij $ RÉFii Ci 

foute lajwpUcité&fafaciHtépojffi 
moins quelques perfonnes ne s'en fervent 
*pas auffi librement qu'elles le pourvoient* 
' jmur profiter de s avantages, qu'il apar lui* 
mètnë* & cela faute (Punedefcriptian exaiïe 
de Unfirummt , & d-une infiruHdon qui dé- 
montre la manière de s'enfervir ; cette inf. 
. trû&iou èft le principal } qbjet de t ouvrage 
quej*ai l'honneur de prçfçnter. au Public. 

Je cotmimsy avec -bien des perfonnes / 
que le rafm^à rabot demande un peu pluç 
le? attention qu'un rafair ordinaire ; parce 
que la crajfefe loge dans lachâjje de la lame % 
& qffilfiuA avoir le foin de tejfuyeft Mais 
Î4 méthode *fimple que, j'indiquerai dans cet 
wvxage^dimkme de beçiuçpup cette fujétioni 
D'ailleurs > les avantages réels , doivent f au 
tepqjfer fut me légere K difficulté > car je 
tr^isqu'iljfibien avantageux de pouvoir fe 
raferjansffe balafrer le vif âge. 

Je rûengagtpas tout le monde àfefervir , 
toujours dtiràfàir à rabot , à Pexclufion de 
tout wtye rafoir i mais il eft neceffaire (ten 
faire ujage> ïorfquel'on veut apprendre àfe 
rafer , afin $ accoutumer h main au manie* 
mëpt dp Hnftrùmetït ; &' s'enhardir libre* 
mnt .Quand on fe [croit lamain affe* [ùre k 



préface; « 

^ que ton veufife rafer de près , on peut 
s'ejfayer avec un autre rafoir , (ou avec le 
même, en étant la cbâjfe de la lame, qui for- 
me le rabot ) &fi , pour lors, ton nefefint 
pashmainfùffifammentfùre, on peut re+ 
prendre le rabot, & continuer des'enfervir> 
jufqu'à ce que l'on foit parvenu à ee que ton 
dejire. ; 

Un autre avantage du rafoir à rabot , ejh 
que la plupart des gens qui ferafent eux-mê- 
mes , ne peuvent pas fe rafer la tète entier e- 
.ment avec tm rafoir ordinaire y parce qu'il 
faut être aythideoctre , ce qui tfefi pas fort 
commun* aux hommes ; mais avec le rafoir à 
rabot, on fe fait aifément cette opération 
fans fe bleffer : lesperfonnes mêmes dont les 
ttains font tremblantes , s'en acquitteront 
avec autant de bardieffe que defuccès. 

Pquî* rendre cet Ouvrage plm utile & 
plus intelligible , j'y ait joint des Planches 
gravées avec toute t exactitude & lajufteffe 
poffibles, ce. qui eft d r un grand fecours; 
farce que la vue des objets , en rend t expli- 
cation claire , la manœuvre fenjible , êf en 
facilite beaucoup t intelligence. 

Enfin pour rendre cet Ouvrage utile 2 
§on «fwhmçnt à ceux <jui $wwb Je y^w , 



x P RJÉ F A'C E.' 

, ■ <* 

mais encore à ceux qui veulent apprendre h 

fe faire cette opération , je donne une con* 

noijfance exaâe & précife des injirumens * 

la manière £en avoir foin 9 - & ffenentrete* 

nir la bonté :je tache y en outre y de fairû? 

mmottre la qualité des pierres à affiler m 

repaffèr lesrdfoirs ; la différence des bon* 

nés 9 des médiocres & des mauvaifes. J'in* 

diqueauffi fa façon de préparer un bon cuir 

pour repajferks\ rafoirs. Ces objets paroi* 

iront y peut -être 9 de peu de conféquence à 

plufieurs perfonnes , mais néanmoins 9 Ht 

font fi ejfentielsà laperfe&ion dePvpération» 

qtfils en font prefque inféparabks ; cepetu 

dont très-peu de perfonnes (jene parle point* 

de ce qui regarde les pierres &le cuir)fa\ 

i?ent entretenir k tranchant dû rafoir. Lm 

plupart même des Barbiers mit £exceUem 

injirumens , avec kfquels ils rafent mal * 

faute d'être ïnfiruits de la façon de les gotfr^ 

verner y enlespaffant fur là pierre &fur 

k cuir y ilefidoncindifpenfabk d'avoir cette^ 

tonnoiffance que , cependant y peu de perfon^ 

nés poffédent. ■ '"> 

Je crois m' être fuffifamment étendu fu& 9 

$e. qui concerne la pierre &Jê cuir ; je vais - 

memjufgtia propofer des limites pour Ut 



? R É F A C E. xl 

r iurêe de H&km > tant eu bon rajbir , qi*4 
du médiocre & du mauvais. 

Je fia? jurpris que jufqu'à préfent 9 au» 
tun Maître de Part, nefefoit pas encore 
appliqué à traiter cette matière affez claire-* 
ment pour que chacun puiffe y trouver les 
connoijjances.dont il a befoin. Je ne me fuis 
pas borné au feul tranchant du rafoir , fat 
traité de tous les outils & inftrumens qui 
fervent dans tous les Arts & Métiers ; il n'yt 
a certainement pas un homme dans te monde 
qui n'aie béfoin de quelque outil ou infiru* 
merA tranchant , quelquHlfoit > qui a befoin 
dêtre entretenu par un affilage régulier j il 
efi donc important à lafociété 9 que ton trai- 
te des principes de rendre cette fcience dé? 
mbnjlrative , fçience queperfonne ne devroif 
ignorer. 

, € "efi pour retHplir cet objet > quçje donne 
un traité général de toutes les pierres à àjjw 
fer toutes fortes de tranthans Séparément 
de celui de la pierre à rafoir. Je tache de dé r 
montrer dans ce chapitre, quelles font ks 
tonnotjfances que Von peut acquérir en et 
genre ; je défigne auffila vertu de chaque 
fierre en particulier , ks qualités qu'elles, 
àoivektàvm 9 tuf âge (jneVoueft Wk$w«^ 



«J 



£ RÉ F A C r EJ 



h : enfin leurs propriétés pour les tiiffereffi 
tr anchans.U après fnes obfervations on peut 
facilement apprendre à difiinguer ajfez les 
bonnes pierres $avec les mauvaises 9 pour 
pouvoir foi-même en faire tacqûifition &. 
les approprier au degré qui eft néceffaire 
four les mettre en état defervir. 

Dans le chapitre fuivant 9 j'indique la f& 
fùn défaire ufage de toutes les pierres, pour 
affiler toutes fortes ctinfirumens tranchons * 
depuis la lancette jufqWà la hache ; enfin 9 je 
ne néglige rien pour éclair cir les principes 
'4e l'affilage y afin que chacun foit à même de 
puifer 9 dans cet Ouvrage , les lumières dont 
il auroit béfoinpour travailler plus facile- 
ment dans f on métier , par le bon entretien 
de fes outils. 

Le dernier chapitre renferme une rê« 
flexion fur lafaignée 9 objet qui m'a paru de 
très-grande importance ; elle excite à pré* 
vytir certains dangers. Je laijfe au Public 
à juger fi mes obfervations font ejjentielles 
ou non ; quant àmoi 9 elles m'ont paru fi utu 
les & fi intérëjfantes à thumanité 9 que je 
croirois manquer à ce que je lui dois 9 fi je 
refufois de les mettre au jour.. 
- 1 On appelle vulgairement donner }s fil k 



P R É F A C E Jriij 

• 

ton rafoir , à un couteau , &v. Pattion de 
les affiler ; mais ce terme ne convient point 
au rafoir, ni autre tranchant fin, comme 
lancette, biftouri ; canif ', pas même au cou- 
teau , iltfeji applicable qu'au rabot de Me- 
nuifier , qu cifeau , au bec-d'âne , à lafcie 9 ' 
à la hache , àlabefaigue de Charpentier 9 
aux outils propres au tour , enfin à tous les 
outils à fort tranchant ,:deflinés à couper 
du bois ; parce que ces injlrumens font plats 
d'un côté, & qu'ils figurent de t autre en bu 
feau vif Pour que tous ces outils coupent 
bien , on forme le tranchant fur un grais 
(*), & lorfque le tranchant & le bifeau 
font formés vifs , an r agrée ce même tran- 
chant avec une pierre douce, telle que je l'in- 
diquerai dans mon Ouvrage ; U dernier 
coup de cette pierre doit être donné du*qpté 
du bifeau (**) , qui renverfele petit morfik 
< ou , pour mieux dire , les défit s du tran- 
chant) du cbtépht, & te difpofe, par cç 
coup de maître , à mordre fur le bois ;fans 
cela le tranchant glijferoit fur la matière > 
au lieu £y entrer. Mais ce morfil , fi effen- 

(*) Ce qu'on appelle affûter. 

(**) pelà naît le ter arc > iomuv U $L 



kfr I R É F A C i 

tiel aux outils en bois , efi k grand ennemi 
des tranchansfins ; le vrai terme de s tArt > 
ejiajfîler, acuere, qui défigne plutôt oter le 
morfil \ 9 que de le donner ; ainfi> nous nous 
Servirons de ces deux termes 9 chacun eh 
leur place , & comme il convient. 



■*T 



w 



"avertissement 

d e l'Auteur. 



T< 



oulakt prouver la bonté réelle 
de la potée d'acier , dont je donne la 
compofition, à la note, page 3g , j'ima- 
ginai de forger un morceau d?acier capa- 
ble de faire un miroir : je l'exécutai de la 
largeur de trois pouces & demi , fur fix 
pouces de hauteur ; j'eus l'honneur de le 
préfenter à l'Académie Royale des Sciences, 
qui l'a reçu , & dont voici le certificat 



es 



Extrait des Regiftres de t Académie 
. Royale des Sciences du\\ Juillet 1 769. 



M, 



essieurs Tillet & Jars f qui 
avoient été nommés pour examiner une mé- 
thode proposée par le S. Perret , Maître 
Coutelier , & de laquelle ilfefertpour don- 
ner à t acier un poli auffi beau que celui 
d'Angleterre * en ayant fait leur rapport* 
t Académie a jugé que Pejfece de tyùki y*** 



poféeparlejîeur Perret, & de laquelle il 
donne la compofition , et oit bonne & propre 
à accélérer le poli noir qui fait la beauté de 
l 'acier ; que de la comparaifon faite des dif- 
férentes manières de polir du fieur Perret % 
avec celles qui font en ufage en Angleterre ; 
Sf qu'un de+MeJJienrs les CommiJJ aires y a 
vu pratiquer 9 il réfulte que celle du fieur 
Perret* ou ne diffère point des pratiques ari~ 
gloifes , ou ne leur cède point dans les cas 
où elle en diffère > & qu'enfin les ouvrages 
qu'il a préf entés , un Miroir & un Rafoir > 
font voir qu'il eji parvenu à donner à P acier 
an poli auffi beau que celui qu'on donne à 
l Angleterre ; & qu'à cet égard , famétho* 
de méritoit P Approbation de P Académie. En 
foidequoif.aifignêle préfent Certificat $ à 
P axis* ce 17 Juillet. 1 769, 

Qrandjean de Fou car* 

Secrétaire perpétuel de P Académie 
Royale des Sciences. 



1A 



Y 




3^ y^fytuv*, *o*0* '^^ftiV^Si^ të 
LA 

POGÔNOTOMIE, 

ou 

V A R T D'A P PRENDRE 

à fe rafer foi -même 

M >|' ' ■ i i m if mi i ■ i i i ■ i i ■ . ■ — i ■ — 

CHAPITRE PREMIER. 

Des Pierres à Rdfoirs & de leurs diffê* 
rentes qualités. 

JîL ou te s fortes de pierres ne font 

point propres au tranchant du rafoir; 

celles du Levant 5 par exemple, ont les 

pores trop gros , & font des dents infuç- 

portables auxpremiers coup te.r&wx^a. 



le vifage. Les pierres verdâtres que î'oit 
apporte d'Efpagne, de même que cel- 
les qui fe trouvent en Lorraine, ainfi 
qu'une autre efpece , qui eft noire Se qui 
vient d'Angleterre , ont à peu de chofe 
près le même grain ; les pores en font 
trop ferrés , elles font abiblument trop 
douces i & font coupe* durement 

Les pierres feijles, propres à la per- 
. fe&ion du tranchant du rafoir , font cel- 
les qui portent le notai même de Pier~ 
res à Rafoir. Elles fe trouvent dans des 
cafrieres , auprès de Liège, & fur le 
bord de la Meufe V feules carjrieïes de cet- 
te efpece , connues en Europe : ces pier- 
res font ordinairement Manches: les unes 
font ,d'un blanc de lait, & les autres un 
peu plus jaunâtres ; ces dérriiereS font de 
l'ancienne roche. Grand nombre de ces 
pierres font tachetées de noir; d'autres Ont 
des veines, noires, qui feirpentent fur le 
blanc ; en général , il s'en trouvfe de mauî 
raifes daaisies Manches comme dans les 
marbrées. - Mais cailles, qui. fcm* ;dtaq 
beau 'blanc àt lait , qui paxaiffent tbu> 
tes fendues & prêtes à rafler ^ ft twm* 
veut rarement mmtiaifess raufli £om*î 



us 

fcllesles plus rares; on les homme Pieni 
res de là Fénette: Elles ne fe trouvent 
Quelquefois jnauvaifes, que patcç qu'il 
§'y rencontre 4e petits çaillous en graine 
très-durs, & même des grains 4§ ferj 
ce qui èft àbfqlument tiuifible; parce 
que Ton ne peut pas affiler Un ttfoif 
fans Pébrécher , fur-tout quand le graii* 
fe trouve fur un endroit dé la piçr T 
te ; que l'on ne peut pas éviter en regafc 
fant le rafoir. , , 

II faut avoir une longue habitude ï 
pour acquérir une grande çonftpiflafcee* 
flans ces pierres j afin d'être en étet 4e 
iliftinguer du premier coup d'oeil; \ç$ 
bonnes pierres d'avec les màuvaife£ & 
jes médiocres; mî»is lç plflS fôr» #0j 
te cas 3 eft d'en venir àt l'eflai; eâ # 
lant à plufieûrs reprife quelques irafpirjf 
jdéflus. Le feul moyen que Fon j?nifl£ 
indiquer ; eft de çjipifir uni grain ïmi* 
dont les pores ne foient point trop grp§; 
hi trop ouverts ; parce qu'alors Ja pier- 
re eft trop tendre; & au tpnttairë ? ùri 
grain trop ferré, qu'une pointe, d'épiii- 
gle de cuivre, aurpit beaucpyp depei- 
he à marquer, ieioit.ttfcç tort- ^Sasfc* 

k % 



(4) 

par conféquent, un milieu entre ces deux: 
extrémités, c'eft-à-dire un grain ni trop 
ferré ni trop ouvert, fur lequel l'épin- 
gle puiffe mordre', fans une grande ré- 
fiftance. 

On connoît fi la pierre eft raboteufe, 
en paflant l'ongle du pouce par deflus , 
& en appuyant légèrement; par cette 
épreuve, on fent fi elle eft glaveleufé, 
parse que l'ongle marchera irrégulière- 
ment Il gliflera fur le dur, & fur le 
tendre , il prendra la marche grave: Pour 
avoir une bonne pierre, il faut que le 
frottement de l'ongle foit égal, & fen- 
tir qu'elle mange l'ongle en douceur. 

Cette efpece de pierre eft ordinaire- 
ment moitié blanche (plus ou moins) 
& moitié noire ( i ) ; très-rarement le 
noir eft bon à affiler; il eft trop dur, 
ou trop tendre; il femble même que cet- 
te pierre foit de deux natures , tant le 

(i) Celle où il ne fe trouve point de noir , 
n'en ont pas moins eu pour cela; mais il 
arrive quelque fois que Pépaifleur du blanc 
fe trouvant fuffifante, on mange tout le noir 
en dreûknt la pierre. 



U5 

noir diffère du blanc. Cependant les ta- 
ches noires , qui fe trouvent parfemées 
fur le blanc, ne différent point de la 
bonté ni de la qualité du blanc même. 
Ces pierres ne font plus d'aucun ufage . 
lorfque tout le blanc eft emporté, & 
qu'il n'y refte 1 plus que du noir. 

Beaucop de perfonnes faifant l'acqui- 
fition d'une pierre,' demandent fur-tout 
qu'elles foient tendres; elles ignorent 
apparemment que celle qui eft trop ten- 
dre eft plus nuifible que celle qui eft 
trop dure ; particulièrement pour, ua 
bourgeois, en voici la raifon. 

La pierre trop tendre a les pores gros 
& ouverts, ce qui, en affilant, forme 
au tranchant des dents très-groffes , & 
yifîbles même au microfcope* comme 
celles d'une lcie à fcicr du cuivre. Il eft 
prouvé que tels tranchans ne peuvent 
jamais bien rafer fans faire fouffrir ; par- 
ce que tandis que la pointe de la dent 
coupe un, poil, -le creux d'entre deux: 
dents en arrache un autre ; qu'elle fouf- 
france l la pierre dure eft par conféquent 
préférable; fon feul défaut eft de deman- 
der plus de tems pour affiki \hy t&cnl * ^ 



m 

tûî faire un bon tranchant ; ce qui , cepen- 
dant, ne va pas à pius de cinq à fix mi- 
nutes de plus que l'on ne mettroit à 
repafler fuir une pierre parfaite. 

L'huilé d'olive éft la meilleure pour 
iffiîer; faute de Celle-ci, l'huile de, noik 
peut auffi feryit. Mais fi Ton n'ayoit 
point d'huile , on pourvoit employer 
Téau Claire; & particulièrement, fi I3 
fûerrè eft un peu dure; il faut faire atten- 
tion que l'eàu dilate les pores de la pier- 
re beaucoup mieux que ne Tait l'huile; 
4àr fin ce cas," elle fait des dents urç 
peu trop grofles, ce qui fait que lé 
ftâïichânt coupe f udemeht. On peut ob- 
tier à cette impetfe&ion , en affilant lé- 
gérecftènt , ' ' Jur-toùf aux iterniets coups 
de pierre; il faut aufli paffer le rafoifc 
for le tnii , un peu plus fort , ou plus 
tong-tems : par ce moyen on ne , man- 
quera pas d^étrë bien rafé , quoique pri- 
fé ^huilè d'olive V<Je qui eft cependant 
le pluà ttéceffaire pour faire de bons 
trafcdhknt aux raftrirà. " 
- Après s'étrè fêryi d'une pierre ,;fl faut 
avoir foin de l'effuyèr \ parce que l'huile 
f^mmnt fept àhtrtt ; -jours/ y foritr^ 



(7) 

une' efpece de gomme , for laquelle le 
rafoir ne fait que gliffer. Pour y remér 
dier, ce qui eft abfolument néceflaire, 
il faut prendre un morceau de pierre 
de ponce , & y faire une s face plane 
avec une lime, ou 1$ frotter fur une 
pierre de taille ou fur un grais ; il faut 
enfuite en frotter la pierre à rafoir, en 
y jettant de tems en tems de l'eau clai*. 
re , ou en les trempant toutes les deuaç 
dans l'eau. Pour faire , enfin, cette opé* 
ration régulière , il faut frotter toute la* 
longueur de la pierre , d'un bout juffyu'à 
l'autre, dix à douze fois, tant en allant 
qu'en revenant; alors elle fe dégraiffera, 
& reprendra fa première vigueur. 

On fait la même çhofe lorfque la pier* 
re eft un peu ufée, foit par le long fervi- 
ce , foit p$r des moulieres ( z ) qui fe trou- 
vent naturellement dans la pierre , foit enfin 
parce qu'on ne conduit pas régulièrement 
le rafoir en l'affilant, appuyant plus d'un 
côté que de l'autre; la pierre, car çoru 

■ I 11 . !.. I " ■ ■ ... " ■ l. |L . !.. I l l l „ ,|. , ■ ■■!■« 

(z) Terme de l'art, qui veRt dire des eu- 
droits mçls entre des durs/ 



( 8 ) 

féquent, fe mange plus dans un endroit 
que dans l'autre. Alors il faut prendre la 
pierre de ponce avec de l'eau , & en 
frotter la pierre à rafoir, jufqu'à ce qu'el- 
le foit unie; c'eft là l'unique moyen 
pour la remettre en bon état Mais fi 
la pierre à rafoir eft d'un grain ouvert 
& tendre ,, ou que la pierre de ponce ait 
les pores trop gros , les traits que cette 
dernière. pierre fait fur l'autre , font trop 
fenfihles ; alors il faut avoir un autre mor- 
ceau de pierre à rafoir, toujours à l'eau , 
& les frotter enfemble, comme il eft dit 
ci-deffus pour la pierre de ponce. L'on ne 
peut être affuré que la pierre à rafoir eft 
en bon état, que lorfque celle de pon- 
ce & l'autre morceau ont uni toute la 
furface, & ne laiifent voir à l'œil au- 
cune inégalité, & au toucher du doigt * 
aucune onde ni aucun trait. 

Il eft nécefTaire que les pierres à ra- 
foirs foient enchaflees dans du bois, par- 
ce qu'elles ne peuvent point foutenir la 
chute de deux pieds de haut fans fe caf» 
fer. La châffe, étant faite jufte pour la 
pierre , îa préferve des fuites de ces ac- 
cideus fâcheux * & qui font affez fre- 



C 9 > 

qaens, Voyez la figure i. de la première 
planche, qui la repréfente enchâflee. 

Cette efpece de pierre n'eft pas uni- 
quement propre au tranchant du rafoir ; 
on peut encore très -bien s'en fervir 
pour beaucoup d'autres , comme biftou- 
ris , fcalpels , coupe - cors , canifs , grat- 
toirs, & tous autres tranchans de fem- 
blables efpeces, ou à peu près. 



C H APITRE IL 

l ïhL tranchant du rafoir , & de Part 
de l'affiler ou repaffer fur la pierre. 



jL 



! e tranchant le plus délicat & le plus 
difficile , eft, fans doute, celui de la 
lancette, il y a néanmoins beaucoup de 
précautions à prendre , pour porter ce- 
lui du rafoir à fa perfeftion; parce que 
fon opération , fans être ni auffi délica- 
te , ni à beaucoup près fi pfécieufe , eft 
plus difficile , éprouvant . bien plus de 
difficulté. Ufuffit, par exemple, qu'une 
lancette foit bonne & btesx v*ga&&&» 



(10) 

pour être en état de faigner toutes fon 
tes de perfonnes [ 3 ] ; mais un rafoir 
fera parfait pour une forte barbe, & 
ne pourra pas couper les poils fins d'une 
jeune : de même que celui fera bon pout 
une jeune & fine barbe , ne pourra 
point l'être pour une forte. 

On répondra, peut-être, qu'il y a 
desrafoirs fiexçellens, qu'ils rafent éga* 
ïement les barbes foçtes & les fines; 
^j'en conviens; mais en voici la raifoiï-3 
c'eft que le tranchant de" ces bons ra- 
foirs n^eft ni gros ni fin , & tiennent le 
milieu entre les. deux. . Il eft certain que 
tous les rafoirs qui feraient à ce degré , 
opéreroîént très-bien fur toutes fortes dp 
barbes ; mais d'où-vient au rafoir cette 
perfe&ioh ? Du coup de pierre, Ceft-k 
dire , de l'affilage , après qu'il a été bien 
repaffé fur la meule, (en fuppofant, 
toutefois, rinftf ument bopt & bien fait); 



[ 3 ] Abftradlion faite de la forme de la poin- 
te à grains d'orge, d'avoine ôUpiramidal ; mais 
cette diiïercnce ne confifte que dans la tnéthoda 
àe (àigner qu'ont les Cbia*rgien«, & non paf 
dans la finefle de la poi nte , ni du tranchant. 1 



Le rafoir trop gros, ou fepaflfé trop 
|ong T tem« fur la pierre * ne va jamaii 
|3ien fur une barbe fine , en ce que le bi- 
feau qu'a fait la pierre fur le bord du tran* 
chant, eft trop fort; Ce tranchant étant 
plus court , eft moins vif à la coupe : que 
Ton applique ce rafoir fur la barbe fine , 
on verra que le poil pliant àfon approche > 
fe couche fur la peau, & le fafdîr alors* 
paffe pat âcHÇm le poil, au lieu de le 
couper* 

Le tranchant trop fin fur une barbe 
forte , n'a pas un meilleur fuccès , en ce 
que le poil étant plus fort & plus robufc 
te, le tranchant fin qui tfeft pas aflefc 
jgroffi fut la pierre , s'ébreche & fe met 
pp. fçié, s'il eft bon; car s'il eft mou, 
il fe plie ou fe renverfe. Ces deux for- 
tes de tranchans arrachent le poil plu- 
tôt que de le couper ; ainfi cette règle doit 
être généralement reçue, qu'il faut un 
tranchant fin pour une jeune & fine bar- 
\>e , & plus gros pour une forte. . 

L'opération du rafoir a bien des ob- 
ftacles à furmonter pour bien rafer , il 
fait fur le poil , ce que fait la faux fuc 
le bled (ce qu'on appeWt fo\x0reO \«sà» 



l'avantage de l'un eft bien plus grand 
que celui de l'autre , parce que l'épi fe 
trouvant au fommet de la paille , fait un 
contrepoids réel ; de façon qu'en appli- 
quant la faux à cinq ou fîx pouces de 
terre, l'épi fe trouvant à vingt- quatre 
ou trente pouces plus haut ; iljfe fait par 
la colonne d'air, un contrepoids fuffi- 
fant , en oppofition à la faux , ce qui 
facilite beaucoup l'opération [4]. 

(4) Il eft vifible que ce contrepoids eft 
d'un grand fecours pour le faucheur, puit 
qu'en appliquant l'inftrument au bas de la 
paille & portant le coup , l'air s'oppofe & fait 
coucher l'épi fur le plat, du côté du dos de 
la faux. On ne peut pas attribuer cet effet à 
la bonté de l'acier, ni à la qualité du' bon 
tranchant de l'inftrument, puifqu'il eft diffé- 
rent, & fuit l'ufage ou le caprice des Fau- 
cheurs. Dans quelques pays , ces ouvriers 
font munis d'un marteau à deyx panes, & 
à\m petit tabs, ils s'afleyent par terre, & 
plantent ce dernier dans un trou , entre leurs 
jambes, à coups de marteau; fur le tranchant 
de la faux, ils Paminciflent au point que la 
fimple habitude leur indique. 

En d'autres endroits , les Taillandiers font 



Mais le rafoir n'a pas cet avantage; 
les reflburces ne font pas les mêmes, ni 
à beaucoup près auflï avantageufes : les 
poils font courts, & privés d'un con- 
trepoids à leur fommet , ce qui rend 
l'opération de Pinftrument plus difficile 
que celle de la faux 5 & beaucoup plus 
fiifceptiblè d'imperfeftions ; il s'y trouve 
même plus de difficultés à furmonter que 
dans l'opération de la lancette. 

Le tranchant de la lancette eft infinU 
ment plus doux que celui du rafoir, par-; 
ce qu'il le faut ainfî pour bien faigner,- 
c'eft -à -dire, pour faire là ponftion & 
l'élévation avec douceur, & fans déda- 



les tranchans des faux & des faucilles, tail- 
lées au cifeau comme une lime, & dont les 
dents font aufli fortes que celles d'une limé 
bâtarde. Enfin, ailleurs, on fait le tranchant 
à la meule comme un couteau ; c'eft bien le 
meilleure &, celui qui fatigue le moins la 
Faucheur , r parée que celui - ci coupe net * 
au lieu que les deux autres ne font que ha^ 
cher : mais il faudroit que lès Taillandier^ 
fiffent un tranchant plus fin qu'ils ne font? 
celui qui cônviendroit le mieux, c'eft le ttaûi 
chant du canif. v^ 



e*4> 

fcehiehs: mais cette extrême dducëur de 
jointe & de tranchant ne provient paj . 
de la feule bonté de l'acier , quoique 
nous çhoififfions toujours le meilleur* 
le plus fin , & fur-tout lé plus net y mais 
encore du coup de. pierre; car c'çft ce 
^ui contribue le plus à cette extrême 
douceur j & celle qui lui eft propre» 
eft une pierre verte. 

D'après cet e^peffé, ne feroit-on pas; 
tenté de croire qu'un irafoir qui feroit 
affilé à tous égards fur les mêmes dpe-* 
ses de pierres * & dont le tranchant fe-? 
roit aufli doux que celui de la lancette* 
raferoit bien plus légèrement , & beau-- 
coup mieux? A ce fujet , je _ puis ré- 
pondre affirmativement que non ; parce 
qu'un tranchant de rafoir fi doux, pafc 
fe par defTus le poil fans le couper , o\i 
s'il en coupe quelqu'un , il Je fait fi ru* 
dément qu'il feinble qu'on l'arraché : eii 
Voici la raifon : il faut des dents zxt 
tranchant du rafoir; parce que fon ào 
tion n'eft pas de couper ni de hacher ^ 
mais de faucher; or, la grande difficul- 
té eft de faire ces dents fur la pierre 
d'une parfaite régularité , ce qui ,n ? eft 
cependant pas impoffxble; 



J3n bon rafoir eft un infiniment rare * 
«fifent bien dés perfonnes ; mais cette 
rareté ne provient très-fou vent que par- 
ce que l'on ne fait pas le repaflèr foi- 
même fur la pierre & fur le ctfir, ni 
lui donner un degré de tranchant pro* 
pbrtionné à la barbe. Je ne prétends pas 
pour cela , qu'il n'y en ait point de 
mauvais ; bien au contraire , j'avoue 
qu'il y en a trente mauvais pour qua* 
ïtp bons [ ç ]. 

, [ ç ] Cet infiniment eft très-difficile à faire 
taon, parce qu'il eft fujet (comme bien d'au* 
très ouvrages délicajts & «de peu d'apparence) 
à n'être pas ^ayê fa valeur. Il -exige une ex- 
trême attention depuis le commencement 
jufqu'à la finj car il ne fuifitjpas d'avoir dç 
^on acier, À faut encore un bon ouvrier fiç 
fcrupuleux forgeron, parce .que l'acier fur- 
thaufie perd une vigueur à la| coupe qu'il ne 
peut plus retrouver. Si le Railleur acier du 
Inonde & parfaitement forgi , û'çft pas trempé 
avec une grande attention 9 & une eonnoiC. 
faace exa&e de la qualité delà matière, afin 
âe lui donner le degré de chaleur nui lui cou* 
Vient à la trempe, ï) ne pourra jamais faire 
un bon rafoir * de plus, s'iteft VÂéxv fov^* 
bien trempé, & qu'il fou. m**rcp& *x\ W3*&* 



Voici les qualités requîfes dans un boii 
rafoir : i". il faut qu'il îbit de bon acier, 

2°. qu?il 

il perd abfolument fes bonnes qualités, par- 
ce qu'un très-petk inftant le fait paflèr de la 
couleur de paille (qu'il lui faut) à la couleur 
d'or; ce qui lui fait perdre une dureté G e£ 
fentielle, que loin de le rendre propre à faire 
vingt-cinq ou trente barbes fans le repaflèr fur 
la pierre, ne fera pas en état d'en foire plus 
de deux ou trois. S'il pafle la couleur d'ori 
& qu'il devienne bleu, ou feulement violet, 
il fera totalement manqué , & jamais il ne 
pourra bien faire une barbe , parce que le 
£eul frottement du tranchant fur la peau, lui 
fait renverfer, de l'autre côté, les pointes 
des dents. Si, dans la crainte de lui donner 
trop de recuit, on ne lui en donne pas allez, 
le mal eft aufli grand, parce qu'on a beau, 
coup de peine à faire le tranchant' fur la meu- 
le, & fuppofons encore qu'il puiife fe faire; 
lorfque J'on veut stn fervir pour rafer une 
jbarbe un peu forte, les dents du tranchanc 
fe caflent, ce qui forme des brèches en quan- 
tité, à la vétité fi petites , qu'on ne peut les 
diftinguer qu'aju moyen d'une loupe. On 
peut juger par-là de la conféquence du recuit 
fur i'acier. Je donne pour preuve de cette 

confe- 



&\' qu'il foit bien forgé & chauffé à pftv 
J30SJ 3% bien trempé; 4% bien récuit l 

w— — • ■ ' - • •• * • v 

conféquence , cous ces ouvrages d'acier qu'on 
fabrique en Angleterre » faits d'acier pur* 
& fans recuit} lé poli en eft beau & flat* 
teur, j'avoue même avec tout le monde, que 
ces fortes d'ouvrages font féduifans,- mais où 
en eft la folidité. Qiie de mouchéttes caC 
fées^ combien de clefs de montres fe perdent 
jfor les chaînons qui caiTent * des cachets»! 
de breloques de prix» des montres meule; 
qu'on examine les petites affiches» & qu'on 
faflê le relevé des breloques & montres per- 
dues depuis dix ans, on en trouvera au moins 
leé trois quarts avec des chaînes d'acier. Si, 
ifième, les Dames n'avoient pas le foin daf 
iriettre un cordon de foie» je doute fort que 
ces chaînes réfiftaffertt feulement deux mois/ 
En voici la raifonr c'eft que Facier d'Angle* 
terre eft fort Vif, ce que Ton appelle Viilgai-\ 
rement fec* & malgré ce défaut ordinaire à 
leur métal, ils le trempent dans toute fa fo*. 
ce, & ne lui donnent point de recuit, pou* 
qu*ïl prenne un beau poli, & promptement» 
afin que ces ouvrages féduifent par là beau» 
té , & que le bon marché en procure le dé* 
bit. On n'accorde qu'à l'Angleterre, l'art dô 
bien polir Parier, à l'exclufion même de Pa- 



(18) 

•enfin » f*. bien émoulu, & la condition 
dçs cinq qui paroîtroit la moins eflen- 
tielle, eft cependant tellement indifpen- 
fable, qu'il fuflît qu'elle foit Amplement 
négligée , pour être trompé dans Tefpé- 
xançe d'avoir fait un bon rafoir. - 



ris, centre réel de tous les. Arts & Métiers, 
où lès grands Artiftes font ejn fi grand nom- 
bre , tandis que leurs génies heureux, 
font paroîrre tant de beauté dans tous les 
genres de travaux r ou défavoue leur fcien- 
ce à polir l'acier > cette décifion m'a fait rou- 
gir nulle fois pour les Juges. Tous les ou- 
vriers François poliront également l'acier, & 
à bon marché, comme les Anglois, quand 
iis voudront comme eux, faire de beaux ou- 
vrages & de peu de durée. 

Si l'on examine les lancettes pour faigner* 
que nous fa i fon s en France, on reviendra 
bientôt de cette erreyr , parce qu'elles font 
mieux polies ; d'ailleurs les Coutelliers ne 
font pas les feuls poiîeilèurs de cette fcience ; 
les Horlogers poliflent auilï bien qu'une lan- 
cette^ le coq, le reflbrt, & toutes les pièces 
d'acier yifibles d'une montre. Si l'on veut 
mettre le prix convenable à une, boke de mon-, 
trexî'acier, une garde d'épçe, &c. onnemdn- 
quern pas ^'ouvriers en France pour les îai- 
re 9 aiati que toute autre pites* 



/.* je vais encore plus loin i & je fuf)* 
pofe qu'un rafoir ait au fupréme degré» 
toutes les perfedions ci-delfus dénqm* 
mées* s'il n'eft pas affilé à- propos;. il 
devient femblable à : un autre qui feroit 
fait »jau hazard '& fans 'attention * fans 
néanmoins que fa bonté naturelle foit 
perdue; parce qu'en le repaffant fur la' 
meule, s'il eft trop groffi> ou feule* 
ment fur la pierre» fi elle fuffit> il je* 
prendra fa vigueur & fa bonté. On pei# . 
juger maintenant de l'attention que mé- 
rite un pareil infiniment v & de quelle 
utilité eft l'art: de le favoir bien affile* 
foi-même > c'eft ce; dont nous allona 
traiter*, 

Le premier point de l'affilage eft de * 
fa voir que quand le tranchant fort d'ê- 
tre repaffé fur la nteule , il eft li min* 
ce , que fpn extrémité eft terminée en 
morfil. Mais qu'eft - ce que le morfil ? 
Je ne puis mieux le comparer qu'à une 
fine dentelle qu'on collerait fur le bord 
d'une feuille de fer -blanc : dans çpt* 
te conjparaifon, l'approche d'un autre 
corps , A plus rqbufte que la dentelle * fe- 
1$it plier cette même dtutdV^v^^^^^ 



Cao) 

le fer rèfifteroit : il en eft de même dii 
morfil ; il eft fi mince , qu'il n'a pas af- 
fez de corps pour couper ; au contrai- 
re , il plie. C'eft à la pierre qu'appar- 
tient le pouvoir d'ôter ce morfil , non- 
feulement du rafoir, mais encore de tout 
autre infiniment. 

L'âdion d'affiler eft donc d'emporter 
le morfil , mais comment fe fait cette 
opération ? Elle fe fait en formant, ua 
bifeau fur le bord du tranchant à la pla- 
ce du morfil, &en faifant attention que 
ce bifeau foit bien vif & bien régulier ; 
en outre , qu'il rie foit pas plus gros 
<hm coté que de l'autre. On y parvient 
aflez aifément , parce que le dos du ra- 
foir eft épais , & que fon épaifleur doit 
être proportionnée à la largeur de la la- 
me ; c'eft ce qui dirige fagement la rév 
guliere vivacité du tranchant , & donc 
il a un extrême befoin. 

Un point effentiel de l'affilage , eft de 
s'exercer fouvent pour fe familiarifer la 
main à tenir le rafoir, afin d'appuyer tou* 
fours également d'un côté comme de l'au- 
tre , & depuis le bas jufqu'à la pointe. 
: On peut appofer un rafoir un peu. 



£brt ou matériel , le double de fon poids ; 
& un léger » deux fois : en un mot'!, 
pour l'un comme pour l'autre % les der- 
niers coups de pierre doivent être don** 
nés bien légèrement , n'appuyant feule- 
ment que le propre poids du rafoir ;■ 
tous ces principes étant indifpénfable , il 
eft effentiel de les bien obferver, 

La figure i de la première Planche re+ 
préfente la pierre a rafoir ; À en eft lai 
poignée , qu'on prend de la main gau* 
che~, .Me, poucç ,àppuyé fur À. . 

La fijgure % eft le rafoir empoigne de 
la main droite a pjëcifément comme il eft 
démontré par I^main. JVl pointée feu-, 
lement/ppuî roi^ix faire voir' que le* 
clou du rafoijç do^.fe trouver dans 1^ 
Biam* entre le qoigt index & celui du 
milieu, le pouce étant appuyé Mur E* 
& le doigt index, fur N ; ç'éft ainfi que 
ràjpi tient le rafoir fplïdement 0n Pap- 
Clique fur la pierre dans la même fitua-. 
tion de la figure a bien à plat^ '<&' l'on 
fait marcher le tranchant toujours devant; 
qn traîne lp ( rafoir le l<?ng de la pierre > 
eja foivant ïa dire&ion de la ligne, de- 
puis Ê jufqu'a ïàutre bout C\ it&is^ 



(32) 

cfrin tour de poignet &" de doigts , oàf 
fait tourner le rafoir par lé dos CEE, 
afin de ne pas heurter le tranchant fur 
la pierre , parce qu'il s'ébréçheroit im- 
manquablement ;' alors On prend la rhê- 
nie' politipn de la figure 3 pointée , ayant 
le pouce appuyé fur N, le doigt index 
en £ î on rapproche à foi le rafoir , ea 
traînant fur toute la longueur de la ligne 
pointée depuis T jufqu'à l'autre' bout X 5 
on répète ces deux fortes de marchéa * 
quinze ou vingt fois .allant & veiiaut* 

Il eft împoffîble de fixer la quantité 
âes , coups, de pierre y par" plufiéurs rafc 
fotis ; un rafoir peut être fin ,j> demi-fin^ 
ou gros. D'ailleurs irpeut être fatigué 
plus bu moins : voici a peu près les re- ; 
gles ' générales fur le riombre de 'coups 
de pierre ; le fin n'a befôïn que de dou-î 
-?e coups ( de chaque côté ) ; le demk 
lin en exigé dix-huit, & le gros vingts 
quatre ; uu bon rafoir eft toujours plus! 
d[ur qû'uft médiocre, & ce dernier en-, 
çore plus dur qu'un mauvais. Le bon 
rafoir demandé un quart de coups âe 
plus qu'un .médiocre , & cç dernier un 
j BSErt" de plus ^ùe le Mauvais. Ces rç* 



C*3) 

glês né fervirônt encore de rien , fi Poil 
ne fait pas diftinguër lés qualités du ra- 
foir ; 41 faut donc un éclaircifferaent plus 
précis. ," . / 

Pour connoïtrë fî le rafoir eft bienrei 
paffé , effayez ' de œuper légèrement la 
peau de la main, il faut qu'il prenne vk 
yement & en doucevir ; finon remettez- 
le fur la pierre, & lui donnez encore 
quatre ou cinq 'coups de chaque côté ; 
il ne faut pas . cependant dàntièt trop 
de coups de pierre ; car le trop' eft âufli 
innfible que le trop peu , parce qu'il s'y 
forme un petit, morfil qui le met ïiori 
d'état de couper] il eft donc éîrçntiel 
d'en çonnôître.Fexoès ; en voifcî le moyen. 
"..' CXùand on eflfaye for la peau le çafoii? 
&rtânîde deffus/la pierre, fi le tnbrfiî 
çfffort, on le fentfcier rudement: s'il 
eft fin , on le ferit Imoins ; il faut alorsr 
faire une autre' épreuve. PafTéjz le tiran- 
ch^ht fur l'ongle du pouce ou du doigt 
index, & tenez le tranchant depuis le 
bas âe la marque , jufqu'à la pofnte ; 
^iPpafle fans racler il n'y a point de 
morfif'; fi, au contraire, il racle V c'efi; 
une marque infaillible c^'vl ^ *&* *, Qà 



jpour.s'afliirer de la vérité, il faut le rt£ 
jpafler une féconde fois fur l'ongle , tou- 
jours légèrement, & regarder enfuite; 
s'il coupe bien la peau de la main , il 
eft certain qu'il n'y "a pas dç morfil, & 
que le rafoir va très-bien. 

Dans cette expérience , il n'y a pas 
V craindre de fe blefler, parce que la 
corne de l'ongle qft fuffîfamment duré 
pour réftfter à cette opération , pourvu 
qu'on ménage bien le poids du rafoir : 
fa feule p^efanteur '.eft fuffifantë : & mé^ 
mç >. s'il eft fort , il faut retenir la riioi^ 
tié dé fon poids. : > 

Il eft effentiel de le pâflfer deux fôîç 
fur l'ongle, parce que J la* première fait' 
ébranler le morfîl, & la féconde le fait 
coucher ,de côté ; de forte qu'en remet- 
tant. le rafoir fur la pierre , en cinq où 
fix coups , le tranchant fe trouve en bon 
état. Enfin »jpour cbnrioîtrè parfaitement 
fi lé rafoir eft bien , il faut qu'il prenne 
te peau de 'la main également après l'an 
voir païTé fur l'ongle deux fois % ,qù'a^ 
Vant. de l'y avoir paflfé, foit'en douceur; 
foit en vivacité ; & j'ofe même affurér 
jçujp" Cette règle eft h feule confiante ^ 



% moins variable & la plus certaine. Sup«* 
pofé que Vaâion de pafler le rafoir fur 
l'ongle, fafle craindre defeblelTér, vûict 
*un autre moyen ; en conservant toujours 
la même légèreté de la Main. , pn peut; 
le pafler fur un morceau de bois ^dç chê- 
ne , du hêtre pu du fapin, peu importe ; ? 
il faut prendre le bois de travers & à; 
tontrefil , car autrement il nY feroit ni 
lj>ien ni jnal ; §c dans ce fens. * il faut 
pafler deux fois le rafoir fur ce jtnorceau. 
dp bois;,.*ën jigne dire<$e $p fané chan-c 
celer , <Ië même; que fuir jongle. : 0% 
tirera de cette^ expérience! Ie f s r r 'pêtnesC 
çclairciiïemens qu'avec ç^çâp l'opgïé. j! 
l"\ Mais û le/ratoïr eft mauvais |i ni l'on-, 
gle , ni le ÇqÎs né peuvent point fuffirej* 
il. faut coucher le morjil N d^m ; autre fa- 
çon ; à cet JeflfetjV on ^fe;^ tranchant* 
fur h pierre^ J jj£ telle façon' que le dost 
foit ^leve' fïe, trois ou, quatre lignes , pour^ 
cjue le tranchant, feul pôfe fur la pierre ^ 
comme fi l'on J paflbit le rafoir ~ fur le 
cijir ; on traîne fon epup* en faifant' 
ix^rcherç^. devant le do£ d^;;afo : ir bien r 
Içgérçment , ^depuis la pointe d'un bout 
,4c fefiçrrç.juï^u^ l'autre '; atolls ?sh&«.. 



UlTe trouve couché d'un côté ; on don- 
ne enfuite un femblable coup de l'autre 
côté , en foifant marcher le tranchant 
par devant ; car c'eft ce contrefens qui 
fait tomber le morfil Après cela , on 
applique le rafdir bien à plat fur la pierre, 
{jour refaire le tranchant vif ', ce. qui fp 
trouve fait en cinq ou fix coups de pierre 
*le chaque côté. ' 

Si Part de jrepaffer un ràfojr Tut ht 
jiierre'eft ftji&efTaire, combien Teft da^ 
vantagè, celui (de le repâfler fur là meu* 
le ? Il y faut.beaUcoup d'attention , parce 
«Jû'uji bqh 'rafpif pèut'étté rendu fliatf T ; 
Vais par ^ruîieuris J i4co^4îeûs ; ^ il faut? 
que fon tranchant foit u ^id| : i-eguliére- 
itient, &\$&Ù plie for f ongle , de Té-i. 
paiflèur d'iïgtë ^ëtàUÏgfre .au rholns , <8r 
au plus tf^riel^ 

foit bien ég&l l'un boîA à Fauïre, &\ 
qtte le tranchant 1 préfeiité ti^ vôhtjre dan# 
toute fa .longueur fâhs\ ; inégalités h£ 
creux , màtè [ au contraire bien * u ni. 

Je vieps.de dire qu'un rkfdir peut de^ 
venir niàuvak en le repàflant fuf la méu r :: 
le; en yôici la preuve ; un f feul coup^ 
/àonûé 4'fec '( c'eft-à-diite fàtns eau futf 



îa meule) ^produit ce changeaient : î>e& 
trême vivacité de la meule r , forme ira 
frottement fi rapide, que le tems de le 
Tegarder fûflît pour détremper tout Ifc 
tranchant , auffi tous les ouvrages qui 
tombent entre les mains de ces Remous 
leurs qui vont ' dans lés tues * tournant 
avec le pied une petite reue qui fait 
tourner une meule, fu^ i^upi ils repat 
fent ïndiiFéremirierit , cdUteaiïxv çizeaux; 
canifs, Môirs &c. fané eàu, tous ce! 
Snftrumens font bientôt rendus mauvâià. 

parce que *é> frôttemeàt ~-âe?lar meule ëft 
très - rapide V en voici tëfiè • prëtive : utt 
morceau %&$tèï ou de fer ^ la groffettt 
âe deux ou trois lignés ^ij&on âpplft. 
que for ià âèiile à fec i défàetot dans le 
&ême inftâhfe' rangé, kn^âihVdy pouL 
voir allutaer< J tmè àïlutàéttfe* 1 #& éjtif& 
quent'iih tfanchàht quëléètiqti'e, qui d'ait 
leurs eft ! très^rilince , èxpofé à une pà* 
reillè Chaleur , he peu* iHaflquer de ft 
détremper ; tfeft ce qtîe iïouis ^appellonà 
en terme r cte l'art , un traHbbtiHt brûlé. - 
J'ai avancé ci-deffus que le tranchant 



Batte; toute fa longueur , comme le ici 
jpréfeote la figure 2 b bb de ]a première 
planche ; la raifon en eft : toute fimpie 9 
puifqu'avec une telle direction dç tran- 
chant, l'on rafe ordinairement tous les 
«endroits du vifage, ce ventre .eft néeek 
feire pour répondre à la conformation 
des creux & des rides de certains vifa- 
ges , rides qui font quelquefois fi pro- 
fondes, que le ventre du r rafoir ne fuffit 
pas , & qu'il /aut y porter la pointe du 
jrafoir , qi|i fans doute à qei; effet doit être 
^?rondie 5 copine, le dçfignent; les figu- 
res 2 , 3 ^ [^& i& > fan&quoji Pot» fefaitf 
Autant de, cpupijres , que ; Ton donne dé 
$pups de raïbir^ à moins ,q$pn n'y pren- 
ne iine : atjt<pti^ qu'on 
:ile fe rafe qu$ moitié. iLorp ï»êœe que 
Jr'Qn n'aurciit. ? nijiÇrous ni â rj4§$ lf1 ;& qp$ 
fc vifage feroït upi & plein - p , ily a tou? 
jours d§s c- en4çç>i$s qui ; exigent ; ïe ; vendre 
4u tranchant r> ^ la pointe rarrondiç jf 
Jels font les . creux <Ju ^ menton . w le tour; 
du coly les ^finies jugulaires , les envi- 
rons des oreilles \&, du nez '.(£}. '^ 

m ** ' ' ■ ! ■ J J «'1 ù k "" * ■» < ■ ■ . . . < — " 

. [6) Le «ranchapt dp rafok ctanç trèsrfii^ 



U9i 

On voit clairement par ces détails ciitf 
conftanciés , que ce n'eft pas fans raifoil 
que bien des perfonnes fe trouvent mal 
xafées , puifqu'il faut tant de connoiflhn- 
ces & de précautions pour favoir bien; 
affiler un rafoir : mais de la manière que 
fe le démontre , je crois qu'il fera faciler 
d'y parvenir. La volonté, jointe à un peu 
d'adreffe , rendront dans l'efpace de deux' 
mois , une perforine en état de profiter 
des fruits de fon apprentifTage. 

Un bon rafoir mérite certainement d'é- 
tre confervé avec foin & tenu propre* 

peu de chofe l'ébrechc ; il faut donc de l'at- 
tention pour l'ouvrir & le fermer fans le gâ- 
ter, ni s'cftropier foi- même : pour l'ouvrir» 
il faut prendre le bout de la châfle du rafoir 
avec le pouce & l'index de la main gauche, 
& les femblables doigts de la main droite à 
la pointe de la lame du rafoir ; c'eft ainfï 
qu'il s'ouvre adroitement Pour le fermer * 
jon tient le pouce & l'index de la main gau-i 
che fur le bout de la châfle, & le doigt du 
milieu fur le clou qui unit la châfle & la. 
lame , on met le doigt index fur le dos de 
cette lame , & l'on conduit doucement lg 
tranchant dans fa châfle. 



, (305 

ment /j il faut fur-tout le bien eJÇTuyeif 
'après P opération, pour le prëfefvèr de 
1 la rouille. Au furplys , quand on a #ait 
choix d'un maître pour repafler fes ihf- 
trumens, il ne faut pas le changer quand 
il a réulfî à bien faire, parce que cet 
Artifté qui â fait l'étude des qualités du 
rafoir, & du degré de la barbe, eft en 
état de faire mieux qu'un autre , qui ne 
conhoitroit ni l'un ni l'autre ; chaque 
maître fait, ou du moins il doit s'appli- 
quer à faire cette double étude. 

Au furplus , ce n'eft pas toujours le 
lavoir qui manque à l'ouvrier , c'eft pftui 
tôt la récompenfe qui ne balance pas 
3vec la peine & les foins qu'exigent ces 
fortes d'inftrumens. On convient volon- 
tiers qu'un bon rafoir eft rare ; mais d'où 
vient cette rareté, fi ce n'eft de l'ex- 
trême attention pour le faire ? Qu'eft-ce 
que vingt-cinq ou trente fols , pour un 
infiniment fi difficile à bien faire ? H 
faut beaucoup de régularité pour bien 
, repaiîer un rafoir; & Ton ne donne 
pour cette opération que deux fok fix 
deniers, &fouvent même que deux fois. 
Encore quelquefois eft-on obligé d'irité- 



ftfler Tame mercenaire des Dotneftique^ 
pour ne pas perdre la pratique de 1» 
maiion , dont ils paroiflent difpofer à 
leur Yolonté 9 & qu'ils font envifagec 
comme très-lucrative à celui qui récom«. 
penfe le mieux ; enfurte s'en vont chea 
un autre Àrtifte prodiguer les même* 
promeffes ; par cette façon d'agir , le* 
Maîtres font rarement bien fervis, 

L y bomme eji le meilleur interprête d§ 
Joumême i un Seigneur eft toujours bïea 
fervi quand il s'adrefTe lui-même aux Àr* 
tiftes & aux Ouvriers , parce qu'un ga« 
larit homme qui s'hufcianife avec l'Àr* 
tilan , lui découvrant le moindre défaut 
de fon ouvrage , fait que TArtifte , pu 
que d'honneur , le réparera , & s'efFôr-, 
cera a l'avenir de ne lui rien préfenter 
qui ne foit , pour ainfî dire , parfait, 
perfuadé qu'il travaille pour un hommes 
pour un conàoiffeur; une douce repré* 
fentation &. un ton d'humanité fait tou- 
jours impreffion , car dans tous les étâtg 
de la vie on trouve des fentimens. 

Je prie mes Lefteurs de me pardon- 
ner quelques réflexions répandues dans 
cet ouvrage ; je ne puis k%ç*Sfet cjariv* 



qu'étrangères a mon fujet Par èxenipîe, Je 
vois des gens léfiner fur dés marchés 
de conféquencé , & parler même contre 
leurs propres lumières avec des maîtres 
établis & connus pour être de bonne foi. 
Ce qui fait encore beaucoup de tort 
aux Arts & aux Artiftes , font ces gens 
fans aveu * qui contrefont les marchands 
étrangers, & qui dans le fond ne font 
ique des charlatans & des redreffeurs * 
qui ne vendent que des choies volées,; 
où rebuts de boutiques de banquerou- 
tiers : cependant ils affrontent le public 
en parcourant les places , les rues , les 
Cafés, les hôtels : d'honnêtes gens , qui 
la veille •, avoient marchandé avec un> 
citoyen Artifte,\fe livrent à ces incon- 
nus avec une confiance finguliêre, les 
croyent fur leur parole , & s'imaginant 
avoir trouvé un bon marché, ils achè- 
tent au poids de l'or , des marchandifes 
dont le faux brillant difparoît auflî promp- 
tement que les marchands qui les ont 
«rendues. 



C&k- 



cm 

C H A P I T RE IIL 

Du Cuir à repaffer les Rafoirs 9 de la, 
c.ompofition pour le faire foi - même ^ 
& la façon de s'en fervir x 




utilité du cuir n'eft pas d'une 
petite conféquehce pour le tranchant dii 
rafoir ; car il ri'eiî pas poflîble que le 
plus parfait faile aifément plus de deux 
bu trois barbes , fans être repàffé fur le 
cuir j fur la main , fur ùri fôulier ; ou 
fur la pierre : mais Comme la pierre ufe 
& groffit lé tranchant , il éft inutile dé 
s'en fervir avant qu'il foit hëcëffaire. 

La propriété du çiiir éft de remettre 
le tranchant j par là vertu qu'il doit 
avoir de polir ie rafoiir de chaque côté, 
parce que ie tranchant qui fé trouvé en- 
tre deux frôttemens alternatifs; ; reçoit 
une fupérioté de vivacité très-héceffaitë. 

De plus i fi la pierre eft ùri peu ten^ 
dre, & qu'elle ait les poires ttof ou- 
verts i elle fait au tranchant 4€i teatëi 



frop greffes ; alors le cuir eft d*uiï puifc 
fant fecours , pour fuppléer au défaut de 
la pierre , parce qu'il mange la trop gran- 
de longueur des dents, & fait couper 
le rafoir plus doux. 

Il faut auffi remarquer qu'un tran- 
chant qui a fait une barbe fe trouve fa- 
tigué, fur-tout fi le rafoir eft conduit avec 
la même main ; car c'eft toujours le mê- 
me côté qui travaille, & c'eft aflez l'or- 
dinaire , à moins qu'on ne foit ambidex- 
tre ; alors le tranchant fe renverfe de 
l'autre côté du frottement : dans ce cas 
il eft facile de juger foi-même que le cuir 
eft indifpenfable , parce qu'il ranime le 
tranchant en le remettant au milieu. 

Ce que j'avance ne doit point éton- 
ner , ni paroître ridicule, fur-tout au* 
perfonnes qui ont la moindre notion de 
la Phyfique expérimentale ou fpéculati- 
ve ; on comprendra même facilement ce 
que j'avance , fi on fe rappelle qu'il n'y 
a point de frottement quelconque fans 
affoiblifiement & diminution des parties 
en mouvement. - 

Or, l'opération de la Pogonotoime 
gît un irottement continuel du rafoir fur 



là peau, & des dents contré les poils $ 
il en refaite donc qu'un tranchant eft fut 
teptible d'arrondiflement fî le rafoir eft 
bon , & de irenverfement fi le rafoir eft 
inférieur en bonté; On ne doit donc pas 
exiger plufieurs barbes d'un rafoir ; fans 
fuppléer , par le' moyen du cuir , a fa 
Vivacité ufée, ou, pour parler. eh Phy- 
Jïcieh , fans relever les dents du tran- 
chant rënverfées bu émouffées par l'ac^ 
tion de couper: 

Lé cuir eft indifpenfabîe , il en Taut 
àbfolument convenir ; mais auflî il eft 
feffentiel d'en avoir un bon : cette bonté 
h'eft pas fi difficile qu'on Fe l'imagine ; 
je crois même qu'il n'eft pas hors de 
propos que j'en donne ici la compofi- 
tiori avec la manière de pouvoir les faire 
foi-même: 

Premièrement; il faut âonner au bbis; 
foit par le moyeh de la râpe ; foit pat 
fcelui dû rabot, la forme que l'on veut; 
c'eft-à-dire i ; 2 , 3 où 4 faces , deux 
font fuffifanèes ; voyez la figure 4 de la 
première Planche ; elle fépréfehtë uii 
cuir; À eft foh manche ou fa çoigtvée- 
à ce néceiïkirt d'avoir' m ^tu S^sf*** 



(30 

pour agir à l'aife ; il faut qu'il ait cinq 
bu fix pouces de longueur fur quinze 
ou feize lignes de largeur , & deux ou 
trois pouces de poignée. Sur le bois 
ainfî . préparé , l'on colle un morceau de 
cuir de veau, ou de buffle , ou de cha- 
peau de caftor ; fur chacune de fes fa- 
ces : après que le tout eft féché & bien 
collé , & que fes deux faces ne foient 
pas bien unies & qu'il y ait des iné- 
galités , il faut le drefler avec un mor- 
ceau de pierre de ponce à fec, çn le 
frottant- d'un bout à l'autre , comme il 
eft démontré pour la pierre à rafoir , 
mais fans eau. • . 
v ïl faut avoir foin de bien broyer fur 
une plaque de fer ou dans un mortier 
la poudre , potée , ou telle autre dro- 
gue que l'on veut mettre deffus le cuir, 
en la paflant enfuite au tamis de foie, 
afin qu'il n'y refte pas un feul grain 
fenfible au doigt, parce qu'un feul fut 
firoit pour ébrecher le rafoir autant de 
fois qu'on le pafferoit par defTus. 

On peut faire des. cuirs avec plufieurs 
fortes de chofes , comme de la brique à 
four, du carreau , du tripoli, du crayon 



(37) 

youge , de la mine de plomb , de la pier- 
re à rafoir, dé la pierre de ponce , dé 
la pierre à couteaux ou de faux , de la 
cruche à Peau , des creufets à fondre , 
mais neufs , & enfin toijte forte de ter- 
re cuite [7]. 

La pierre a couteau , celle de ponce 
& la cruche à l'eau , font celles qui man- 
gent le plus vite, c'eft pourquoi il faut 
qu'elles foient broyées plus fin , finon les 
euirs arrondiront tellement le tranchant^ 

[7] Tous les grands foifeurs de euirs ver* 
ronc par ces détails que leurs fecrets font 
éventés * je puis dire avec certitude que pref- 
que tous ne fe fervent que de la mine de 
plomb, & du crayon rouge, de la piçrre à 
rafoir , ou de la cire à décrotter : de tout 
ce que j'ai dénommé , ces drogues font les 
moins bonnes, & en même tems les moins 
coûteufes & les plus promptement préparées. 

Je ne prétends pas dire que ces fortes de 
cuirs foient mauvais au point de gâter les 
rafbirs, pourvu que la potée foie bien broyée 
& paflee au tamis de foie 5 ils ne font mau- 
vais , qu'en ce qu'ils n'ont pas la vertu de 
polir Pacier affez promptement ,, & qu'il fout 
cent coups de ceux-là , tandis que fept ou 
huit coups d'un bon cuir fuffvfewx.. 



gu'ils lç mettront hors d'état de faire plus 
pe deux ou trois barbes ; encore coupe-^ 
ront-ils fi rude , qu'ils feront fentir des 
çuiflqns au yifage. Un bon cuir, il eft 
yrai , revient un peu cher ; en voici la 
composition' : les potées avec lefquelles 
nous poliffons l'acier au point où nous 
voulons V font l'éméric, le rouge d'An- 
gleterre, la potée d'étain & le cinabre 
ou vermillon ; on prend de l'éméric pilé 
bien fin pour le côté noir comme Iç 
plus mordant ; & pour le dernier côté, 
du rouge d'Angleterre [8] ; dans le cas 

[8] Ce rouge qui eft un fecret pour les 
Auiftes François , n'eft autre chofe que de, 
l'acier, fondu , voici tout le myftere : prenez de. 
bon acier , coupez- le de groiîçur à pouvoir 
çn mettre dans un creufec ; mettez le tout 
au feu de charbon dç boiç , à la forge ; lo.rC 
«que l'acier eft chaud à blanc , jettez-y ( fans 
iortir le creufet du feu ) deux bu trois mor- 
ceaux defouffre de la grofleur d'une noix» 
l'un après l'autre , à la diftanç.e d'une minute 
l'un de l'autre i après que l'aciçr eft fpndu , 
jcttez-le dans une lirigotiere, & le laufez re- 
froidir de, lui-même y broyez ce corps dans 
\xvy mortier , feuien>eilt jufqu'à ce qu'il foitàj 
cîemi-fin > mettez-le enfuite fur une feuille (de 



(39) 

où Von ne pourroit pas avoir du rouge 
d'Angleterre , la potée d'étain & le cina- 
bre bien mêlés enfemble équivalent prêt, 
que le rouge anglois ; quaqt à la dofe 
de l'un & de l'autre , fur une once de 
potée d'étain, un demi-gros de cinabre 
fuffit 

Il faut allier ces drogues , foit poudres; 
pu potées avec quelque liquide , pour 
pouvoir s'ei* fervir , ç'eft - à - dire , qu'il 

tôle, & fur un fyrafier dç charbon de bois; 
remuez-le un peu pendant qu'il rougit , avec 
une petite tringle amincie par le bout en pel- 
le 5 & lorfcju'iï eft bien rouge , couvres le 
tout avec un autre morceau de tôle rouge y 
& des charbons ardens par deflus , afin qu'il 
fe tienne rouge long-tems , & laiflez-le paifer 
toutç la nuit dans c<e feu, & qu'il fe refroi- 
diflè de lui-même. 

Lç lendemain retirez-le du feu , & achevés 
de le broyer fur une plaque de fer de dis- 
huit à vingt pouces de long * fur douze à quin- 
ze pouces de large, avec une mafle de fer ou 
marteau, du poids de dou?e à quinze livres > 
fi vous y fentez, en broyant, de petits grains, 
qui,, n'ayant pas été fondus, vous paroiffenç 
rouler fous le marteau » paflez « le au tamis 

M 



(40) 

faut en faire une efpece de gomme , afin 
de pouvoir les appliquer facilement fur le 
cuir; pour cet effet l'on peut prendre 
un peu d'huile d'olive avec laquelle on 
les délayera bien dans un petit pot : il 
faut faire cette efpece de pâte aufli dure 
qu'il eft poflible ; l'étendre enfuite fur 
lé cuir avec une lpatule ou la pointe d'un 
couteau , & en couvrir à froid tpute la 
forface. 

Ce rouge eft fort cher , par la raifpn qu'il 
eft très-long à broyer , & qu'à peine un hom- 
jne en peut broyer fept à huit onces dans 
toute fa journée, parce qu'il n'eft bon qu'é- 
tant broyé au fuperfin. 

Je découvre ce fecret au public , parce que 
quantité d'Arts & Métiers en on befoin , & 
(ont dans le cas de s'en fervir pour polir 
l'acier. Il ferojt à fouhaiter que quelque pa- 
triote; le compofàt , & en fit fon occupa- 
tion , pour ne pas être obligés d'aller chercher 
chez l'étranger ce que nous pouvons faire 
chez nous $ quant a moi , mes occupations 
font en trop grand nombre pour y ajouter 
celle-ci ," car Içs inftrumens de Chirurgie ne 
me laiflent aucun relâche , ainfi je ne le fais 
que pour moi > & pour ne rien celer , je le fais 
meilleur que celui d'Angleterre , parce que- 
fy ajoute fur une once de rouge , un de- 



(40 

Autre moyen : faites fondre dans un 
petit pot , un peu de fttif , dans lequel 
yous jetterez de l'éméric , ou telle au- 
tre poudre que ce foit ; Hélayez le tout 
enfemblc à chaud , mais non bouillant , 
& retendez de même fur le cuir avec la 
fpatule. La graifle de porc , qu'on appelle 
fain doux, eft encore meilleure ,1e beur- 
re frais peut très - bien fervir ; mais ce 
qu'il y a de plus parfait , eft la graifle 
retirée du pot-au-feu, ou pour mieux 
dire, cette lame de graifle que l'on re- 
tire de deflus le bouillon froid , afin que 

lin- gros de Cinabre & une demi- once de po- 
tée d'étain ; ces trois drogues bien mêlées,, 
enfemble & délayées avec de l'eau - de - vie , 
l'expérience de dix années me prouve qu'il 
eft meilleur, & diligente du double. 

De la limaille d'acier dans un pot de terre 
neuf, dans lequel on jette du bon vinaigre' 
pour le diiFoudre en rouille dans l'efpace de 
quinze jours , donne une potée pour polir, 
lorfqu'elle eft bien broyée ; le fafran de Mars,, 
pu la rouille qu'on retire des pots de fer dans 
lefquels on fait l'eau-forte , polit auflî-bien j 
mais ces deux fortes ne valent, pas , à beau- 
coup près, le rouge d'Angleterre , tel que je 
Je compofe. 



*4«) 

la foupe ne foit pas fi grafle : les graifr 
les de viandes rôties ne font pas moins 
lionnes , étant toutefois préparées com^ 
me le fui£ Que ce foit avec huile , fuif 
ou graiffe , il faut l'étendre avec la fpa- 
tule fur le cuir , & n'en mettre que l'é- 
paiffeut d'une pièce de deux fols ; s'il y 
en avoit davantage , la çompofition fe 
formeroit en écailles y & fe détaçheroit 
du cuir ; il arrivèrent auffî qu'en repat 
fant le rafoir , elle fe ramafferoit par pe- 
tit morceaux , & occafionneroit des trous 
& des inégalités qui nuifent beaucoup a« 
tranchan^du rafoir, & rendent la manœu- 
vre plus difficile, Il faut laiffer féchçr le 
cuir , ainfi préparé , un jour ou deux 
avant que de s'en fervir , fur-tout s'il eft 
à l'huile; il forme enfuite un cuir par- 
fait , & en état de fervir pendant plus 
de fix mois. , . _ / 

La façon de repaffer un rafoir fur le 
cuir eft précifément tout le contraire de 
celle -de le repaffer fur la pierre : fur 
celle - ci , . c'eft le tranchant qui marche 
devant ; mais fur le cuir c'eft le dos qui 
va par devant , & le tranchant le fuit , 
comme il eft démontré par les. ligures ci 



(43> 

après dénommées , favoir la figure 4 d« 
la première Planche repréfente un cuir, 
 en eft la poignée ou le manche qu'on 
tient dans la main gauche. La figure f 
eft Je rafoir pofé fur le cuir pour don- 
ner le premier coup. La pofition des doigts 
eft la même que celle de la pierre ; ayant 
placé la main droite , le pouce fur H , 
le doigt index fur G , on appuie environ 
trois fois la pefanteur du rafoir, & Ton 
traîne le coup jufqu'à l'autre bout, en 
fuivant I4 direction de la ligne ,, depuis 
K jufqu'à H ; lorfqu'on eft arrivé à ce 
bout , on tourne le rafoir entre les doigts, 
le tranchant élevé du cuir , pour ne pas 
gâter le rafoir ni le cuir ; enfuite on 
prend la pofition de la figure 6 pointée, 
où le pouce doit fe trouver placé fur G, 
& le doigt index fur H ; alors on rap? 
proche à foi* çrç appuyant toujours éga- 
lement & en fuivant la direction de la 
ligne pointée depuis;. Y jufqu'à Z ; on 
répète fept ou huit fois cette marche ; & 
Von eft aifuré qu'il eft bien repaflfé , s'il 
prend bien fur la peau de la main, 

II eft eflentiel ^d'avoir un étui pour 
^enfermer le cuir à chaque fois ^vx'oxi^tw 



(44) x ^ 

fert ; pour le conferver , il fuffit qu'il foit 
fait en papier fort : c'eft le moyen de lfe 
tenir proprement ; il n'eft pas douteux 
que toute autre matière étrangère à fa 
ïcompofition , eft dans le cas de le gâter; 
il eft bon aufïï d'effuyer le rafoir avant 
de le paffer deffus. 

Il y a bien des perfonnes qui , vou- 
lant être bien fervies , fans faire les frais 
convenables pour tous les outils nécef- 
faires , ont pour habitude de repaffer le 
rafoir fur leurs fouliers ; je ne blâme pas 
tout-à-fait ^cette méthode, puifque c'eft 
une peau préparée à l'huile comme celle 
du cuir, & qu'il y a deffus de la cire 
compofée avec du noir de fumée & du 
fuif où autres ehofes équivalentes ; ain* 
fi le foulier peut aller de pair avec "un 
cuir de médiocre bonté; 
* Mais il faut que, pour que les fouliers 
puiffèntbien repaffer, il faut, dis -je, 
qu'ils foierit décrotés nouvellement, qu'ils 
n'ayent pas fervi dans la boue , ni dans 
la pouffiere , parce que le moindre gra- 
vier qui fe trouverait fur le cuir, feroit 
capable d'ébre cher le rafoir & de le met- 
ire hors. d'état de rafer. Pour Tordinai- 



(4ï> 

te , les gens mal pourvus en cuir ne fonf 
pas mieux montés en pierre ; ainfi n'ayant 
ni l'un ni l'autre , ils s'écorchent au lieu 
de fe rafer ; qu'en réfulte-t-il ? Ils modifc 
fent le rafoii;, peftent contre le Coute- 
lier, & croient avoir raïfon. 

Après avoir traité du cuir compofé, 
il eft à propos de parler du cuir natu- 
rel, qui eft la rriain même du Pogono- 
tomifte. Sa bonté eft toujours à peu près 
la même ; Pufage de repafler le rafoir 
fur h main , bien loin d'être blâmable 
eft très^applaudi : & même je le recom- 
mande , fur-tout à ceux qui n^ont poipt 
peur de fe couper. La main peut * être 
regardée comme un fécond cuir , qui eii 
fa qualité de peau vivifiée , eft toujours 
pndhieufe , & par eonféquent propre à 
adoucir le tranchant du rafoir dans lé 
moment que l'on fe Fait la barbe , fur- 

. tout fi le rafoir n'eft pas bien bon; parce 
qu'alors il fe lalfe aifément par le frot- 
tement , s'arrondit , ou fe renverfe ; fans 
être obligé de recourir ati cuir pliifieurs 

^ fois , on peut lui donner fept à huit coups 
fur la main , & il reprend fa vivacité. 
Pour éviter de fe bk(fet ra ^â£&&&Asv 



fcafoir fur la main, il faut le tenir ferme 
dans la main droite , de telle façon que lé 
pouce foit placé près de la marque 9 & 
l'index vis-à-vis parallèlement ; ehfuité 
il faut préfenter le plat de»la main gau- 
che , ferrer les doigts , & les renveirfer 
en arrière le plus qu'il fera poffible ; dii 
reftei il faut fuivre la méthode prefcrité 
pour le cuir , qui eft de pofer le rafoir 
à plat fur là main 9 eii faifant marcher Je 
dos en avant , & donnant leis coups de 
toute l'étendue de la main; 

Je crois qu'il eft nécefTaire de répon- 
dre à quelques perfonnes qui trouvent; 
ou du moins qui difent trouver que leurs 
mains font les meilleurs cuirs ; que , fans 
avoir entiéremeht raifon, elles n'ont pas 
tout-à-fait tort ; mais voici là feule rai- 
fpn qui puiffe appuyer cette ëfpçce dç 
fyftéme; Ces fortes de perfonnes qui 
ont la peau huileufe , d'où il fuinte une 
liqueur fur laquelle s'attache 9 dans les 
plis de la peau ^ une pouffiére fine ; ce 
qui forme une éfpece de gomme qui 
peut fervir de cuir. 

Pour prouver ce que j'avance, il ne 
faut que remarque! tes gpxcpt& Petra- 



(47) 

quiers qui oublient fouvent leur cuir $ 
quand fls vont en ville pour rafer, & 
fe fervent avec affez de fuccès de la main : 
mais Ja peau de la main de ces garçons 
eft toujours enduite de la pomade dont 
ils fe fervent pour mettre fur les che- 
veux & les Perruques ; en outre , il s'at- 
tache toujours fur cette pomade * de la 
poudre qui vole continuellement & qui 
fe loge dans les plis de la peau ; ce qui 
forme une compolîtion naturelle propre 
à pouvoir fervir de cuir ; quoique cette 
ëfpece de cuir foit meilleur qu'un autre 
acheté au hafard , & fait avec des pou* 
dres mal broyées * il n'eft pas propable 
qu'il puiffe égaler un cuir fait avec at- 
tention , & comme nous l'avons enfei- 
gné ci-devant II eft vrai que les garçons 
Perruquiers pour réparer le défaut de bon 
cuir, repaflfent fouvent leurs rafoirs fur 
la pierre de la boutique , mais auffi c'eft 
aux dépens du rafoir , car il ô'ufe bien 
plus vite par le fréquent ufage de la pieN 
re j ainfi l'épargne d'un bon cuir devient 
onéreufe, même à un garçon Perruquier j 
delà il eft à juger fi un bourgeois peut 



C4S-5 

âifçment s'en pafler ; le bon cuir eft l'ai 
me du bon rafoir. 

Veut-on fe convaincre foi -même dé 
la néceflité d'un bon cuir ? Qu'on pren- 
ne un rafoir & que l'oii le laffe à for- 
ce de rafer tant que fa qualité le per- 
mettra , en fe fervant d'un euir à chaque 
barbe , & continuer de s'en rafer jufqu'à 
ce qu'il refuîe totalement le fervice ; & 
que Ton prenne enfuite un bon cuir neufs 
pour y repafler fept à huit coups de cha- 
que côté j & l'on trouvera fon tranchanl 
aufli vif à la coupe, que s'il fortoit d'ê- 
tre pafle fur la pierre > & même encore 
mieux ; car ïa coupe eft plus douce & 
plus régulière ; fur-tout fi le euir eft bon: 
& ce tranchant fera non-feulement bott 
pour une barbe § mais pour fept ou huit,* 
& autant que la bonté de l'acier le per- 
mettra. La raifon de cette expérience 
eft que quelque fine que foit la potée 
que l'on emploie à faire un cuir , il y à 
toujours des grains [9] & fuffifamment 

[9] Le microfcopé , en grôflîflartt les ob- 
jets , lait voir des grains dans leurs formes 
naturelles , & on y diftingue des faces planes 
& des angles aigus. 



149Î 

gros pour faire des dents au tranchant 
du rafoir , ufées par le frottement du cuir, 
.qui , en vieijliffcnt * s'ufe & perd fa qua- 
lité ; c'eft pourquoi un cuir neuf renou- 
velle Je bon tranchant du rafoir, le fait 
couper parfaitement & comme il con- 
vient. 

Il n'y a-point à douter que le cuir ne 
vieillifTe aiféjnent par le fervice réitéré ; 
une lame d'acier telle que le jafoir qu'on 
applique fouvent fur un cuir avec fer- 
meté, broie la potée (déjà fine ) con- 
tinuellement, & la rend, à la fin, in- 
capable de faire la moindre impreffion 
fur l'acier : les furfaces aiguës ne refit 
tent plus , parce qu'elles font ufées ; par 
conféquent le cuir eft vieux j & n'a plus 
4e vertu pour polir avec avantage. 

Bien des perfonnes font une remar- 
que fans en approfondir la caufe; ils fe 
rafent avec le même rafoir, jufqu'à ce 
qu'il refufe le fervice; alors ils le lait 
fent repofer l'efpace d'un mois ou fix fe- 
maines, le reprennent enfuite , le repaf- 
fent fur le cuir. & . fur la main , & le trou- 
vent en état de fervir. 

Cette remarque paroît fmguUt^^\ssai% 



elle eft au contraire très-ftaturelle ; ett 
Voici la raifon ." on ne peut s'empêcher 
de convenir que la rouille' opère fur l'a- 
cier, avant que fon impréffion foit eii 
quelque forte vifîble à nos yeux ; cette 
vérité eft incontéftable. Partant donc 
de ce principe, il eft à remarquer que 
le rafoir eft toujours dans l'eau, tant 
qu'il rafe, & que telle précaution que 
l'on prenne pour Peffuyèr, après que 
l'acier a été mouillé, il refte toujours 
quelques particules d'eau fur ce métal i 
qui fe placent dans les pores de l'acier , 
en rongent la fuperficie anticipent fui: 
ParrondiflTement du tranchant. Dans cet 
état de rouille, un ràfoir fe repofe un 
mois, plus ou moins; on le reprend 
enfuite pour le paffer fur le cuir , en 
trois ou quatre coups ces grains :de rouil- 
le tombent , & le tranchant fe trouve plus 
aminci ; eii donnant encore cinq ou fix 
coups, le tranchant fe forme, reprend (à 
vivacité, & eft en état de bien rafer. 

Quand on a repafTé un rafoir fur la 
pierre, le bifeau du .tranchant eft bien 
poli; on n'y apperçoit rien , pourvu que 
l'acier foit bien net, point pailleux, ni 



dty 

plëquëté, ni filendréux; mais ldrfqu'iî à 
rafé plufieurs fois, & qu'il s'eft repofé 
douze ou quinze jours, on voit, fous 
la lentille du microfeope ; ce bifeau tout 
picqueté & tacheté de rougfe; ce qui 
prouve que la rouillé opère fur Pacier 
bien plutôt qu'elle n'eft vifible aux yeux: 
On peut juger d'après cela, com- 
bien un bon cuir eft précieux }v fur-tout 
aux perfonnës qui paflent quelque tëms 
îi la campagne i & qui j par conséquent i 
ne font pas toujours à la proximité des 
Couteliers pour repàffer leurs inftrumens 
fur la meule où fur la pierre ; car il y 
à beaucoup d'endroits qui en font pri- 
vés , & dont ces ouvriers font éloignés 
de dix à douze lieues. Cependant il faut 
temarquer qtie de tous les Arts & Mé- 
tiers, il n'en eft pas tin qui foit plus 
titile à la fociété & plus précieux à l'hu- 
inanité que l'art dii Coutelier ; par-touÉ 
Ton travaille les fruits de la terré , par- 
tout l'on s'habille, par-foué l'on écrit ^ 
par-tout l'on devient malade ^ l'on faigne 
dahs tous les clii^ts. Si lai Chirurgie 
rend de fi grands fèrvicës au genre hu- 
main ; c'eft au tranchant V o$x\ £&& t& 



redevable de fes fuçcès , & par confé- 
quent à l'art du Coutelier; enfin le 
tranchant eft, fans contredit, le roi des 
inftrumens & des outils, parce qu'à tous 
cgards il eft indifpenfkble. 



C H A P I T R E IV. 

De la nature du Poil, de fa naijjance, 
quelle eji fa forme dans fa racine èf 
dans fon corps, & de la caufe de la 
fenfibilitê dans t opération de la Pogo- 
notomie. 



JLâ] 



\ e s filamens faillans & femés fur tou- 
te la forface de notre corps , ont diffé- 
rens noms , félon les places qu'ils oc- 
cupent, comme cheveux, fourcils, moût 
taches, barbes & poils ; leur nature à tous 
eft la même, ils ne font a diftinguer que 
par la force feulement, car la racine des 
uns & des autres n'eft point différen- 
te; tous prennent n^iiïance dansletiffu 
cellulaire, eorps'gràiffeux qui contient 
une humtm on&ueufe, dont la bulbe ou 



(f3) 

la ratine eft arrofée continuellement, & 
tire la fubftance néceffaire pour croître. 
i,.i Les poils & les cheveux font tous 
creux comme des tuyaux de pipes, de- 
puis leurs racines jufqu'à leurs extrémités; 
de forte que le fuc fpiritueux du tiffu 
cellulaire, fe filtre continuellement dans 
toute leur étendue. 

Cependant ce creux, dans le poil; 1 
n'eft point vuide de matière ; toute cet- 
te, cavité eft remplie d'un fuc moelleux. 
Quelques Anatomiftes font partagés fur 
cet objet: les: uns prétendent qu'un ar* 
rofement continuel dans fon oignon; 
fuffit pour en apiérerla croiffance & don-* 
ner ; de la nourriture au poil , fans penfer 
que la liqueur doive ou puiflfe parcou* 
rir toute la loiigueur du tuyau* 

Il eft cependant ^probable que la fub* 
fiance contenue dans le tiffu cellulaire; 
préfide à la croiflànce des poils, dont, 
elle ^ft, én> même tçms la vraie nourri-* 
tore, puifqué ce fuc fpiritueux Tarrofe 
continuellement , en circulant dans tou- 
te la longueur de la cavité, par un mé- 
chanifine femblable à celui du fang qui 
circule dans les artères & dans les n6snr^ 



(H) 

Cherchant à me convaincre de la ca- 
vité réelle des poils, en l'examinant au 
niicrofcope, je conçus l'idée d'amincir un 
pi d'acier jufqu'à l'extrême fineffe poffi* 
foie, de la longueur de deux ou trois; 
lignes , pour eflayer d^enfiler un poil de 
la barbe , foit à l'œil fimple , ou à l'aide 
du microfcope , je n'ai jamais pu i 'j par*. 
yéhir. : :■■ 

Cependant cette première expérience 
ne me rebuta point, parce que la poin» 
te de mon ftilet drencqnteoit plufieur$ 
fois le trou du tuyau;:; mais : la €nefle 
de mon aiguille n'étant i pas conforme 
au calibre du poil, celui-ci fléc^iiffoit 
au moindre effort; que;:: je faifoisobpour 
lîenfiler : je me déterminai enfin à cqn* 
tinuer mon expérience c fu* un poit oij 
crin de porc , avec ^la /loupe feulement : 
je n'eus pas plutôt préfenté l'inftrumeiit 
au bout cto crin, qu'il entra d'une lr* 
gne dans le creux ; je forçai léi paffa- 
ge, & le crin s'ouvrit en deux. Jel'exa-, 
minai à la. loupe, &>jç>vi$. très-^diftinc- 
Cernent une goqtierei cteufée bien )éga r 
lëment fur chaque cpté du crin. Jeréut 
£3 /de $êtaie dans mon expérience laç 



}es crins de cheval & de bœuf. 

M'obje&çrqitrQn que les crins des ani- 
içaux fontiàtpusl.égatds différens de? 
poils & def çjisyçus humains ?, Je ne le 
crois point: îéf.uns & les autres pren- 
nent naifjE^jtçe, ifofts le tÛTu cellulaire & 
s'ouvrent papai^ge à travers les pores 
de la peau,, pour couvrir toute la fur- 
face; car jl e$ççi&in que tous les êtres 
terreftresen .font, formés; on ; les ^diftin- 
guetous r m. werpfcope: ?u,pou, à h 
puce, les jaçftbes in^n^esi de ces infe&es 
cm font cojuvertç^, . ,,' 

^ Quant à , j$ jyqëlle qui occupe la ca ? 
vite du poil, elle eft trop v#jbie pour 
pfei-vU révoquçr en doute; yoye? la fi- 
gure 3Ç dp la féconde Planche: c'eft 
W poil d^l?arhe exadement defliné au 
jniçrofçppp ; Ja moelle eft dirigée en 
«hevron br^é ï9 dp telle forte <jue la poin- 
£ç, du çhevr^çL ftit f&çe à Ppstrèinité fu r 
jjérieure 4g>pcftVv ç e chevr6n fe voit 
.mieux à im.poÙ préparé porçr ^ire une 
perruque , av^t ,qu'il Ju,t;été popikdé, 
Jfêtrçe qu'il çft )%yé dans pluiieiirs eaux 
jk féché ?u;fq#r , par ppnféquent la 
jg^qëllç eft .deflechée, & le çaii b^u** 
coup plus tranfparent. u i 



Prefque tous les Anatomiftës convient 
ïient que le fiége cle la /fenfibilité réfî- 
de dans lé genre nerveu#; : il'n'eft point 
de mon reffbrt de le difctrtefr , fi on Té 
lui attribue exclufîyèniènt- a toute autre 
partie qitf ' compofe liptré 'machine ou 
économie animale; nôufc hiSvons fuflfc 
famment à la barbe ,- j>6iur r r nou$ faire 
fouffrfr pendant ïopérâtid^ dt la Ppgo^ 
hotomiêf 1k 'cinquième 1 j*âïré' ° de nerfs* ; 
qtoi partent f de : la mdëîlfe' allongée ï & 
dont lesr rameaux ferpentènt ; le ' long dëfc 
lèvre? , des joues , & là moiïftache , fb£- 
filent ppilr aiguillonner la fënfibilité : exa- 
minons un peu ce feu; J " \ • 

Quàndf 6n ; s'arrache utrpoil avec^és 
doigts ou aVec une pînçé , . 1 -bn voit fâ 
racine droite & graiffeufe' 'c«nthe fi on 
avoït trempé ce poli dans tin beurré 
gluant &; à demi fondu^ lirais que Ton 
ne penfe pas qu'après avoiir^ arraché un 
poil, il /foit vraiment arraché: dans^ là 
diffeftïort l'on voit le contraire, parce 
que la racine n'eft pas direâement droi- 
te, elle eft latérale aux uns, horifoii- 
tale aux autres. Déplus l'extrémité in- 
terne de la racine forme un petit cro^ 



Cî7) 

chet , qui enipéche que leLpoil ?s*arradie 
entièrement, il fe cafle dans fon oignon , 
& le crochet intérieur, qui. eft la vraie , 
racine, refte à fa place. » i , :"" 

Il faut conclure, pour la caufç de la 
feniibilité, que ce crochet interne s'op- 
pofe à l'arrachement total du cheveu, 
pique le tiffu cellulaire, oçcafionne un 
tiraillement aux rameaux de la cinquiè- 
me paire de nerfs, & fait fouffrir plus 
ou moins, félon liât force des poils qui 
réfîftent le plus à l'arrachement ou à la 
coupe. . Ainfî quand un rafoir ne coupe 
pas bien viveirient ., il fait fouffrir au- 
tant que fi un artachoit laHbarbe avec 
violence. v.\.r •* >., , 

. Xe mé^i^me de la racine interne de 
pqils , tel que, jn Je dépens jfideleiptent, 
d'après les observations faites fur le ca- 
davre, doit bien faire convenir de leur 
tort, ceux qui ; pour s'épargne* la pei- 
ne de fe rafer, fe font une habitude de 
s'arracher les poils : ils font bien trampés, 
lorfqu'au bout de dix années :d ? un exer- 
cice piquant & douloureux, ils ne font pas 
plus avancés que le premier jour, parce 
que le poil fe ciffe au lieu dç^ s'attacher^ 



(î8> 

Quand ion déracine xtti arbre avec trop 
de violence, quelques brins de la racine 
teftent en terre , & végètent de nou* 
veau: il en eft de même des poils ; il 
fuffit qtie la plus petite partie, intérieure 
du crochet' r eft e dans la place plantée 
dans léïi(ÏU> grdiflèux, .pour faire croître 
faris ceffefe poil, parce que c'eft fa vrajç 
racine,^ 4 rf 'il y i v' : - 

e h A P i:t j^e v, - 

ï)è ïufdgë^de la iï&ëé$tâ de laver* '■& 

favonner la Barbe avant de la çoupêr'; 

avantages qui eH rêfulVent }- & dé lama* 

• r flière''deje ? tôm favûriàefo y - i : ( 

jLâk métfeodp de layer ;^ ftvonnefilf 
barbe avant de, la : coi^çr eft certâi«e r 
menfeaufîï ancienne que l'ufagé de la ççpk 
per ; carM'expériencé nous apprend que 
quand nous 1 voulons hoiis lafer à fec^iç 
poil eft fi dur -qu'il fe fait fentir, ppftf 
ainfi dire; autant que 11 Vdh ^rrac&oij 



Cf9) 

plufienrs poils à la fois; la figure f de 
la féconde Planche, rppréfente un poil 
de barbe coupé à fec & deffiné au mi- 
çrofcope, voyez le bout. h coupé en 
phaofreiii; il repréfente ? un morceau de 
bois coupé d'un coup de hache; c'eflr 
cependant un poil qui n'étant pas hu- 
jne&é^ fléchit à l'ajpprôche du tranchant 
0u rafoir, & s'eft coupé tel qu'il eft re- 
préfenté en chanfrein ou obliquement» 
au lieu d ? étre coupé net 

La méthode de fe laver ne doit point 
£tre négligée; pour cet effet, on doit 
faire ufage d'eau chaude,^ ou pour Je 
.iiioins , Sede autant 1 qu'oti peut la fup- 
♦porter i â tout âge ou a 1 tel degré qife 
foit la barbe. Puifqu'ellè eft fi fenfible 
•à fec, ;& quelle Peft: beaucoup moins 
lorfqu'elle eft lavée, ptos elle fera hd- 
medéeymoiris on éprouvera dé' fcftfe- 
*ions douloureufes ; tfl r feut remarqii* 
que Peau chaude hume®e davantage qtife 
l'eau froide. - ! 

Ce n'eft pas la quantité de favôk 
bu de favGûnette , qui fok néceffaire pout 
bien laver la barbe. J'ai vu des perfch- 
fies qui fe frottent tellement foit ojafc 



le fcvonnagaFormoit une gomme for leur 
vifage, ce qui ne vaut abfcdument rien; 
-trois ou quatre coups de favortnette ap- 
cliques légèrement , valent . beaucoup 
mieux pour bien hume&er la barbe. 
Après l'avoir ainfi lavée , mettez la fa- 
sonnette dans le baffin , lavez-vous avec 
; la main, frottée légèrement & bien vi- 
vement , en , roulant pour faijre le plus 
Ae moufle ;quftl, fera poifible:- reprenez 
enfuite la favonnette pour dohner deux 
ou. trois coups : enfin répétez trois ou 
-quatre fois . cette j opération , & même 
•plus, fi Jg> badte.eft forte. 
.;, La lggsoeté/&' la vivacité de la main 
-lait moufle*- l'éau, & la réduit en écu- 
-me , propre à dilater les pores du poil; 
iïffptit- huileux pénétre, jufqu'à fon in- 
férieur moëUepx * l'attendrit, l'amollit , & 
. le .prépare enfin à recevoir le tamçhant da 
j#fo\r, à ne luiras tant réfifter, & à 
céder à f^. vivacité .aiguë. . 

Il ne faut point croire que l'a&ion de 
fe laver foit de quelque utilité à la chair 
ou à la peau, bien au contraire, car il eft 
t certain que la chair eft plus fenfible 
lorfqu'elle. eft L huiiiide , que quand elle 



eft feche. Ceft par cette raifon que te 
tranfpiration & la fueùr dans l'été, at- 
tendrit fi fort la peau, qu'en Peffuyant 
un peu brufquement , on s'occafionne 
dés cuiflbns infupportables , . & que fou- 
vent même on s'écorche. De-là vient 
que beaucoup de perfonnes , après s'ê- 
tre fait la barbe, fentent un feu au vi- 
fage qui occafionne des cuiffbns ; il eft 
à préfùmef que ces personnes ont des 
peaux fines qui s'attendriïFent trop faci- 
lement dans ï'aftion de *jfê laver; il faut 
que le tranchant foit extrêmement doux 
pour ne pas leur occafionner des fen-* 
fations douloureufes. 

Plufieurs perfonnes m'ayant confulté 
fur là meilleure façon de fe laver , je les 
ai engagées à faire ufage de l'effence de 
iàyon; & elles s'en font bien trouvées:, 
par la raifon que cette eflence eft tout 
d'un coup convertie en écame, & que 
l'on n'a pas la peine de frotter fi fort, 
ni fi long-f ems , & empêcher que la peau 
ne s'attendrifle fi fort, & ne la rende 
auffi fenfible à l'adion du rafoir. 

Cette eflènce de favon a auffi un au- 
tre avantage jkhu: les perfoone* çgx\«&. 



fon fang échauffé , & qui ne peuvent poiriÉ 
fouffrir l'eau chaude furie vifage, même 
en tout temS: ordinairement ces hom- 
mes ont le poil rade ; l'eflence de favoii 
leur étant d'un grand fecoursj doit être 
préférée au favon & à la favonnette. 

Cependant il faut convenir que cette 
éflence n'écume pas fuffifamment à l'eau 
froide; mais j'ai trouvé un moyen infail- 
lible d'obvier à cet inconvénient : prê- 
tiez un demi -verre d'eau chaude, fans 
£tre bouillante, jettez dedans huit oii 
dix gouttes de bonne éflence , battes le 
tout enfemble avec la main; & verfez 
doucement un peu d'eau froide dans cette 
écume, toujours eh battant, jufqu'à ce 
que vous fentiez la tiédeur ou la fraîcheur 
au degré que vous fouhaitez; 



CHAPITRE VL 

Manière Rapprendre à fe rafer, feloti 
la méthode ordinaire* 



o v r fe rafer avec avantage , il faut 
avoir d'abord préparé fut te cuir % deux 



rafbirs & les tenir prêts , afin que fi lé 
premier n'alloit pas bien , le fécond pût 
y fuppléer aùfli-tôt, parce qu'il faut de 
la diligence pour profiter du favônnage, 
& particulièrement de l'écume, à laquel- 
le il ne faut pas laifler le tems de fe fé- 
cher fur le vifàge; mais fuppofons main- 
tenant que Ton foit bien lavé, & que 
le rafoir foit en état 

Il faut abfolument empoigner le ra- 
foir de la manière démontrée par la fi- 
gure 4 de la féconde Planche;; renver- 
faut la lame en arrière , appliquant le 
pouce fur le talon o, trois doigts en 
deffous: il faut que le doigt du milieu 
P foit placé fur le clou, 9c le petit doigt 
M en deffous : c'eft la vraie pofition pour 
tenir le rafoir &ttfiement, & ne pas être 
en rifque de fe blefler. 

En fécond lieu, il eft trèç-néceffaire 
de bien tendre la peau de Pendroit qu'on 
veut rafeiri il faut auffi chercher foi- 
méme les pofkfcns des doigts les plus 
avantageufes ; car outre les règles que 
je'prefcris, il élbbôn de s'étudier foi- 
même & prendre les pofition&,* qui pa- 
roiffent les plus commode & *\av i*aa- 



(*4> 

éoïdent le mieux à fà propfe adreffe. 

En troifieme lieu , pour avoir la main 

légère & déliée, il faut tenir le bras 

fuspendu & comme à demi-mort, afin 

.que tout le mouvement parte dupoignet 

Il faut enfin tenir le rafoir , de la main 
droite, comme on Ta dit ci-devant, & 
porter la main gauche au côté droit du 
vifage, embraflant. toute la tête, & ap- 
pliquant les quatre doigts , ou trois, ou 
deux , ou même un feul fur la lettre A 
figure 3 de la féconde Planche ; pofez 
le rafoir légèrement au deflbus des doigts , 
de façon que le tranchant feul porte fur 
la peau* & que le dos en foit diftant d'en- 
viron deux lignes; donnez le premier 
coup en fauchant, & defeendez en plu- 
fleurs reprifes jufqu'à c; il faut auffi avoir 
foin d'efluyer le rafoir après deux ou 
trois coups, c'eft-Mire, lorfqu'il eft fale. 

Il faut remarquer qu'à mefiire que l'on 
defeend le rafoir pour rafer plus bas* il 
faut auffi defcèndre les doigts , parce que 
plus le point de tenfioa eft proche du 
tranchant, du rafoir , moins . on eft en 
jrifque de fe couper,: moins pnfoufFjre, 
. &plus on fe rafe de çrès, , 



Ayant rafé 4epuis A jufqu'à Ci ÔA 
jporte les doigts fur R * & l'on fauché 
jufqu'à Y; cette joue étant finie , il fauÉ 
paffer à î'autré qui eft la gauche. 

Si l'an veut le fervir des deux mains j 
il faut jprendre le rafoir de la main gau- 
che, & faire le point de tenlîori avec 
la droite, & fiiivre exactement les in- 
dications précédentes ± èri donnant à là 
gauche l'office de la droite. 

Mais comme l'embidextérité li'eft pas 
îbrt commune, [fur-tout avec les com- 
inençans] , continuons d'expliquer là ma- 
nière de fe rafer de la main droite feu- 
lement; 

Portez la niairi gauche fur H, teriàrife 
de iâ main droite le rafoir pdfé dëfTouSp 
& traînez le coup eh tranchant jufqu'à 
JBi avancez les doigts fur Ç^ & traînez 
le coup jufqu*à î. 

L'endroit le plus difficile à ràfef , eft 
la mpuftaehe ; or pour vous en bien ac- 
quitter y prenez le bout dû nez avec 
neux doigts pour le relever eh haut le 
plus qu'il fera poffibléi & en mêmè- 
. tems aidez-vous de l'adtion naturelle dés 
toufcies pour tendre la peau , & aiion^éE 



(66) 

la lèvre fupérieure ; dans cette pofitïon^ 
appliquez le tranchant du rafoir au bas 
des narines F pour faciliter te tour, qu'on 
peut appelter le coup de maître ; il faut 
qye le dos du rafoir porte un peu fur 
le nez, mais très-légérement , pour s'en 
fervir comme d'un petit point d'appui 
ou d'un point de guide; alors d'un lé- 
ger tour de poignet, defcendez jufqu'à 
la bouche, c'eft-à-dire, jufqu'à la lèvre 
rupérietfre ; le milieu de cette lèvre 
étant rafé, pendiez un peu le nez fur 
le côté gauche , & placez le . rafoir ho- 
rizontalement fur G, fauchez jufqu*au 
coin de la bouche , obfervant de bien 
tendre la peau: pour faciliter ce point 
de terifion, ouvrez la bouche à mefure 
que le rafoir defcend : ce fecours eft 
très - néceffaire , fur-tout pour les coins 
de la bouche qui fe rafent auffi-tôt 
après la mouftache. 

Ce côté droit rafé , paffez au côté 
gauche en renverfant un peu ïe nez ftrr 
la droite; pofez le rafoir horizontale- 
ment fur X, & fauchez toute la mou£ 
tache & tout le coin de la bouche. Pour 
hkn raier le bout du mtnton [qui ieft 



fort: difficile] il faut appjique^ ^i J3ia^ 
gauche fur la joue gauche $ jîpup jg { 
coi# de l'oreille B ? bien f eudr£ la pe^u , 
approcher le tr^çjh£#t prjès 4e? doûgit^ 
& frafaez jtâqtfk J £fli ift^ç^nt: ,<]$$. 
quitte? le jptpyit ,<ie Jesifiçii B poiir & 
placer eu JU ,& %ctpr /u&p'&ç )x$$p 
du menton E, & méfflie açtficijper #p 
delà. Larfque pop. £k4uc <Je ie f 9^?r , 
au lieu de W njettrç ,que deux items ,dp 
B en E, jX fivjit en mettxe tjrois oy qua- 
tre; parce qu'il eft efleitfiel que le point 
de teafi^n (oit fort £r#ç&e du tra^çfc^ 
du rafgjr,; iiDrçm #041 fe ^pttpfxpit faô* 
îewaept 

Tout Je .coté gauche ^éçmt xaig , p$- 
fez $u ,çôté ,^roiit en jroui fexya,qt ,t<^ 
/Qurs de |la B^in .drcfttp; s^lifl^ J? 
main gauche fur la jou/,<kpit^ jk^dQJgjç? 
jTur C , & /^çh^ iïtfqp'V f^ jippro. 

jEp .qnftp MÂTe? le fi^p 4p ]a^lçh^ 
infériQHre^ ^ fetf^t ,^tp^çp d£ v^ 
Jfeqir/^e 4 e PÇtffite <du r^fr <P9Vf & 
hp^t^u^ûtc^i, #§« d&viter.de^ç^ 
^pex ^ i? iey^ç ^ferieHE^ , ,ce qui ^ pr 
|gip>lë &JW$uJ; $W4 ^ Jp«ipiF d$$r 



U8) 

fofr n'eft pas arrondie ; venons aduelle- 
ment au col. 

Appliquez la main gauche fur lé men- 
ton E , ayant le tranchant du rafoir pofé 
deflbus ; hauffeà un peu la tête pour ten- 
dre le col , & fauchez à plusieurs re- 
prifes jufqu'au bas N : ce milieu fait , 
avancez les doigts Y , & rafez tout le 
defTous ; enfuite portez les doigts fur C 
pour achever le côté droit du col : paf- 
fez enfuite la main gauche de l'autre 
côté fur I , le tranchant toujours pofé 
defTous > & fauchez jufqu'à N ; delà 
portez les doigts fur B, & finiflez tout 
le tour du col : enfin , portez la main 
fur le menton E, & à revers de main, 
pofez le rafoir , le tranchant en haut, 
au deïTus du doigt , & rafez le tour de 
la lèvre inférieure. 

Quelque bon que foit le rafoir, il ne 
coupe jamais bien également tout le poil, 
il en refte toujours de deux fortes à cou- 
per ; les uns font des efpeces de poik 
folets, qui par leur foibleffe plient à l'ap- 
proche du rafoir, & ne-fe coupent pas; 
les autres font des poils qui , quoique 
forts ï ne fe coupent pas nettement , parce 



<juHk,font placés à contre fens ] c'eft-â- 
dire , qu'ils ne font pas droits \ mais coin- 
çhés fur la peau , comme je le démonl 
tre pair la figure, fuir les joues entre les 
lettres A C -& H B, & fur le trou du 
nienton où l'on peut examiner que les 
poils fe crôifent , & qu'ils font dirigés 
de tout féns, de manière qu'il eft prefquç 
impoffible que le cafoir puiflè les couper 
tous également fans' changer la direftioïi 
<jlu rafoir, 

Pour obvier -à cette inconvénient , il 
Faut àbfblument préjfenter la face du trani 
chant Contre feris du' poil, ce que l'on 
appelle à contre -poil' ; finon le poil fe 
fcoupe obliquement, î Comme on peut le 
H oit parla, figure I de la féconde PJan-. 
che au bout b [ l o]. Lorfqu'on s r eft rafç 
au premier poil, & qu'il en refte un grand 
nombre coupés de cette façon , il eft in- 
difpenfabie pour être bien rafé , de le 

faire k contre-poiL 

■ . « — " ■ * . '•' " ■ ' ■ » ■ . ' .- " ■ 

[10] Pour m# forrtiet une règle diaprés 
Vexpérience , je .fis fécher unç quantité de 
poils de barbe $ les examinant enfuhè au mi- 
srofcope , j'en diftinguai la fixieme partie qui 
étolojdt coupés 4e cétçc façon. 

1. % 



Pour cette féconde opération,; il faut 
prendre le baffin , fé donner un léger 
coup de favtinnette ; fi Técume n'eft paé 
fondue, elle fuffit toute feule. 
. Portant perruque, il faut fe laver le 
iront , pour en rafer îe tour. Afin d'y 
rêaffir facifement , appliquez la main fur 
ïe frorit pour tendre Ja peau , pofez le 
jrafoir au deflus cfes doigts, & à revers de 
maïn , fafez tout îë tour du front. 

Pour rafer les faces près des oreilles 
appliquez le doigt pQur le point de içn- 
fion fur là tempe ,. & avec la pointe po- 
Jeë fous lès doigté , clefcendez jufqù'à C, 
eh deux où trois rèpi^e^.bùmèmç.plQ^ 
pourvu que vous défeendiez ïeppint de 
tenîîbn. Le coté droit rafé , il faut pat 
Jer au côté gaucfie j & fuivre les pofi- 
tiorxs de la droite. Il rçfte à rafer la barbe 
a contre-poil ; il faut toujours commen- 
cer paî: la nioultaclié. : 7, 
. Pincez la joue, avec deilx doigts , por- 
tez la pointe du rafok tout auprès* & 
fauchez légèrement daris Cette pofîtion 
fut le four de la iftôïiftache : de\k por- 
it& les doigts fur B , appliquez le rafoir 
au deûus , & donnez Vfe ço\x$ en^ût\\aat 



<70 

Jufqu'VH ; porter enfuite le point de 
tenfion fur I, montez jufqu'à Q.X» & 
defcendez en A, d'Y jufqu'à R & G, 
toujours portant lerafoir de bas en haut: 
faites-en de même pour le col ; applique? 
h main gauche frir N > A porte» le tran- 
chant du rafoir au deffus ; donùez un lé* 
ger tour de poignet pour fairre le tout 
àa coi & taâké la cavité cylindrique; 
fauchez à revers, dé main jufqu'au men- 
ton 5 ou E ; faites de même pour tout 
le tour de la droite & de k gauche* 
principakmerit que le point de tenfion 
ne quitte jamais, la ligne dtrc&e 6t N 
•pour tridwter adroitement : jîrfqù'à R, I» 
3UY, C, ftifon ne peutmafiquer d'ê* 
ire bien iral&; :i 

r Malgré r l^aaittida avec ladite fui 
•taché de ddhner la méthode de fe rafer, 
il y a cependant bien des ctrçoriftances 
que l'on né peut pas indiquer &me une 
marché générale. Pout ètrr donc utile fc 
tout le monde , je vais ajckiter certaine* 
remarques particulières qui en Ôcllitèfont 
l'intelligence. 

i\ Ueft d'une néceffîté indifpenfable 



<7*} 

çtebicn tendre la peau en te! endroit çlç 
yifage qu'on veille rafer. 

2 ? . Il faut abiolument, pour éviter de 
fe couder , que le tranchant du râfoiç 
foit pqfé près du point de tenfion. 

3°. Si je me fers du terme faucher, 
^eft qu'il exprime mieux la nature de 
l'aâiori de fe rafer j en fauchant , le 
tranchant coupe plus net & plus doux; 
mais pour faucher il ne faut point que 
le rafoir refte dans une même direftion { 
au contraire , il faut lé faire travailla 
" dans toute la longueur de fon tranchant; 
çn le pofant par le bas , : près la mar r 
que , qui eft lé talon , incliner toujours 
lin peu la main , & trôner le coup Je 
long du tranchant , de telle fojrte qu'il 
ifiniffe à la pointe. Mais pour éviter de 
•couper quelque bouton* il faut appli- 
quer la pointe auprès du bouton , & 
traîner le coup pour, finir, au talon du 
rafoir. , au lieu d'appliquer \e bas. du r^ 
foir pour, finir à la jpqmte. 

Il'n'eft pas toujours, commode 5 ni 
même poffible , de faucher de toute la 
longueur du tranchant : alors il faut faire 
tfveç\h pointe du rafoir a le tour des 



(73) 

fcotatons en '* ciierchaiit la ppfition dea 
doigta la plus commode ; & il f^t mè? . 
me , dans ce cas , ne . donnçr que des 
coups bien Jégers* . 

.4°. La tenfion des doigts, ne fuffit pas 
toujours quand Q|i a des trous,, des rit 
des ou des cicatrices au vifagç ; . il jfauÇ 
alors repoûflfer avec la, langue tes jouje$ 
par dedans! la : touche 5 afin . de feire t une 
faillie fuffifente $u trou ,. ppur . eg râler 
facilement la ^açe. En d'autees çirçonÇ 
lances , il %it .pincer la pea$ : 1*f& - dpu$ 
doigts, pour en/faire Péiçyatipiv, prin T 
dpalement av*X' 8$e$ & cicatrices. 
- ; A°- Lorfqu'ciifife regarde au, miroir, 
&:que Von, voie pu que Tpn fept fçus 
le? doigts, ; qôelrçues poils qiji r pe font 
poiiit coupas , .çgipnt > çamrne #pus l'a- 
vons déjà remarqué , des,- efpqçgs dç 
poils folete pu, des, poils qui ^crpifent t 
& qui ont «réfifté: au tranchant -en faur 
chant de haut en bgis a . & de baç çh haut ; 
alors il faut -en chercher la fens?^ & leç 
rafer horizontalement , ou latéralement, 
ou enfin verticalement ; % c'eft ainfi que 
Je poil cède à Tadreflfe. de la main , & 
je rafe de près. 



<?4> 

€\ Il éft eflfcntiel d'étudier le poînè 
éfeîe degré dé fa barbev & effaier avec 
le raffetff , dte éjuel fens te poil fe coupe 
le plus facilement , & avec moins de 
fÉraiHénleflt ; car il ri?y a~guere de per- 
fimnes qui ne foient pas fenfibles dans 
Certains endroits du vifage plus qu'en 
d'autres ; le* tins le font à la mouffo. 
êSë f le* autres au col > ceux-là aux tern- 
ies, ëéfu*-*» enfin en (f autres endroits; 
lès utis endurent un tkaifleaient, d'au- 
tres ùtfè*Q)ece de chatouillement infup- 
jfortaMé & toujours fuîvi de cuiflbns. 
Mais lé ïèul moyen de s'épargner de la 
douleur, feft de chercher k plus avanta- 
geufe direélion du tranchant , foit de bas 
en haut, foit dé haut en bas, horizon* 
taleméMt 'oir latéralement Enfin il tre 
faut qu'un peu de patience dans les com- 
œénceménsv pour être en peu de teins* 
aufli expérimenté que les maîtres. Les re- 
cherches faites avec foin & cônftànce; 
gmt toujours le fuccès pour f écompenfe 



•Ch. 



<70 

CHAH TRI VIL 

...... . . » 

'Méthode pour itpjrêHcfrê àfe rkfèt àtàè 
le rafoir à rà3ùt : ; autre théifiodë $bur 
feffayer far tme têvè à feïïitqùe. 



G 



cm me plafiefrrs petfofraes & fer- 
vent du rafoir à rabot, ùôto-feulemciH 
pour apprendre à fç rafer é mais - enqore 
pour L'ordinaire; & çjjie eclui-Ci ditfér? 
du rafoir ordinaire * à caufe. de l'&pplieat 
tion & adaptiotl du rabot à fa lame; jf 
crois très à propos d'en faire ici une L de£ 
cription ex&âpi & d'Wc^pi^. Ja mf& 
leure façon de le mettre en ufage , &: lç 
moyen de y^n ièrvkayec dextérité. 

, î*a figure 10 de te première fhnéhe* 
repréfente te bois prêt à recevoir la lame* 
Prenez donc le bois de la main droit? 
£10], aysz te pouce appuyé fur Y, & 

[f ô] Jâl pféféré de foiré la défêfipttofî de 
îa main gauche, parce que é'eft celle darifc 
fcn fe fért le moins * & qui fe trouve paf»fâ 
moins aifée à faire agir. lytiStattv ^fcwfc Sfe 



<70 

deux ou trois doigts deffous , en prenant 
garde , toutefois , de ne pas avancer 
le pouce plus avant çjue le tranchant du 
rafoir, mais au contraire un peu plus 
ça arrière, afin çtene point fe biefleç 

Pour fe rafer , il . faut einpoignef lé 
rafoir par le t»ilieu , de forte que le clou 
qui joint la lame à fon manche , fe trou- 
ve placé fur le doigt du milieu : tenez 
avec Pattriulâfce & r le petit doigt le mari- 
dïe ou la* éhâffe<; appuyez fe pouce fur 
le talon de -la tame > pofant l'index pa* 
raliele deflbbs? f dans cette pôlitioh ; faû. 
tés couler ,la : lanîe' du rafoir- en* ligné <àU 
ftûi jufqù-au ; bout , afin que la gou- 
pilie Ç£, qiiî traverfe le bois de rabot, 
entré dans Féchancrure <R de la^ pointe 
dil rafoir , & quele drochéfc-Udu talon* 
accroche le "bout du bois Ù. ' •- — •. - 

La figure ï 3 repréfente le r-Sfôir tout 
monté & dans la fituation ptopre à s'eii 
rafer. Cette efpece de châffe Itti- fait don- 
ner le nom de rafoir à rabot par.conneo 

ftryir de cet inftrmnent de toute main, il 
n'y a qu'à changeç la poûtiqn dé la main 
gauche à la droite. 



i 



<Ï7> 

tkm avec le rabot du Menuifïer. La mai 
niere de s'en fervir eft, à tous égards* 
ïa même que celle du rafoir ordinaire,, 
expliquée dans le Chapitre précédent: 
il faut àuflî tendre la peau & faucher , 
comme nous l'avons dit ci-deffus pour 
les rafoirs ordinaires. Cependant la bar- 
te coupée, c'eft-à-dire , les poils & l'é- 
cume qui forment une craffe, fe logent 
naturellement entre la ljime du rafoir & 
le bois ; mais une goutiere pratiquée fur 
le bois de rabot, comme on le voit à la 
figure g s s s , diminue beaucoup cet in- 
convénient , parce qu'il facilite la craffe 
a s*y loger à l'aife , & la laiffe fortir li- 
brement ; pour cet effet , il ne faut que 
préfenter le tranchant du rafoir en bas, 
.&. faire un mouvement comme pour 
donner un coup de fouet, ce qui chafle 
aifément toute la craffe ; après cela on 
1 effuie l'extérieur du rabot fur Te frottoir 
ou torchon, de même que pour le ra- 
foir ordinaire ; par ce moyen facile , on 
n'eft pas obligé de retirer la châffe de 
la lame à chaque coup pour Peffuyer ; 
il fuffit de ne pas manquer de le faire à 
la fin de la barbe, parce qvtew Î^VassS* 



(78) 

la craJTe devient plus ép&ifle , & coule 
moins facilement ; & en outre par rap- 
port ? la propreté du bois , & pour évi- 
ter la rouille qui fe formeroit au rafoir. 

La tenlîon de la peau n'a pas befoin 
d'être auflï régulière avec le rafoir à ra- 
fcot qu'avec le rafoir ordinaire , parce 
"que toutes les faces du bois du rabot 
font arrondies de façon qu'en appliquant 
le rafoir Cur le vifage , la partie du ra- 
ibot I faifant un dos d'âne applati , tend 
la peau par elle-même , & iacilite beau- 
coup Paftion du tranchant ; le rafoir 
coupe même plus doux , parce que le 
point de .tenfion n'abandonne pas d'ua 
ïnftant le tranchant 

Avec cejt instrument , une perfonne 
qui n'auroit qu'un bras, jpourroit.fe ra- 
'fer aifément , en s'aidant Amplement 
t ççmme nous l'avons dit -précédemment) 
de la fatuité qu'ont les mufcles & les 
tendons , pour pouvoir roidîr les joues, 
allonger la lèvre fupérieurepourla mouf- 
tàdie , ouvrir % bojucbe pour en rafer 
les coins , lever la tête pour tendre |e 
xôl ., &c. avec ces attentions on fe rafe 
$iea avec une feule mm. Je crois que 



C79Ï 

cet avantage eft d'une coniequence aflfc* 
grande dans la Société pour faire tsce* 
Tbîr favorablement cet infiniment 

Il eft très-difficile de fe rafer toute te 
tête foi-même avec un rafatr ôrdinake» 
for-tout le derrière des oreilies & ie chi- 
gnon ; mais avec le rafoir à rabot l'oa 
fait cette opération tr€6-aifément , ainfi 
que tout le tour de la tète fans rifqucr 
de fe bleffer ; d'ailku^ , la facilité 4e 
s'aider des deux mains^en changeant 4e 
fcois f i ï J , ne laifie rœii à délirer à i*a- 
vantage 4e pouvoir rafer tout le corps 
ratâérement. 

Pour fe rafer la tête avec feçcès <fc 

[ii] Chaque rafoir «ft ajufté fur deux j%. 
-bots-, l'un fûw la main gauche , & l'autre 
.pour la droite, ,& chaque rabot fe joint g$? 
3e même ipédhanifme. 

Dans le commencement de cesrafoîrs, je 
fe'tfois 'ks bois de rabot avec dû hois rafe, & 
h diàSk du même hots* mais fa acuulejar $£ 
ifaiiâawr^ & fe çrafle beaucoup dans l'c\péf^* 
tion ; j'ai clûtic pris le parti 4e faire ces hojjs 
de rabot en ébene la moins poreuîe, la plus 
ferme & la plus noire , qui eft l'ébene mau- 
"rite, ce qui eft beaucoup plus propre* Tel* 
fais même aâçe4fetneat <n éfi&Uk* , 



tîéfctérité -, foit avec le rafoir à rabot, foît 
-avec le rafoir ordinaire, il faut que les 
cheveux foient coupés le plus près pot 
fible , & enfuite laver & faVonner la tété 
comme il eft prefc^it pour la barbe. 

Alors , prenez le rafoir d'une main * 
ayant l'autre appliquée fur le front, & 
Ip tranchant pofé près des doigts , & 
fauchez de devant en arrière tout le tour 
du front, desteyjpes* & près des oreil- 
les ; à mefure Qu'une place eft rafée* 
avancez le point de tenfion fur l'endroit 
rafé , afin qu'il fuive toujours de près le 
tranchant du rafoir , finon l'on fe cou- 
peroit à tout moment , non pas avec un 
rafoir à rabot, mais avec un rafoir os* 
dinaire. 

Il ne faut point négliger de cherchet 
foi-même les pofitioris de la main , & 
les différentes fituations de la tête qui 
s'accordent le mieux à l'adrefle naturelle, 
parce qu'il eft eflentiel de fe rafer avec 
liberté & fans fe gêner ; il faut fur-tqtft 
avoir attention que tout le mouvement 
provienne du poignet 

Lorfque la partie du front eft rafée 
X je fuppofe le rafoir à la main droite ) 



rafez le derrière de l'oreille droite ; & 
pour y parvenir , portez la main ^gauche 
fur l'oreille , couchez-là fur le devant, 
appliquez votre rafoir perpendiculaire- 
ment derrière, & fauchez de devant en 
arrière , tant que votre coup pourra s'é- 
tendre à plufieurs reprifes. 

Pour le côté gauche , prenez le rafoir 
de l'autre main , fervez-vous de la main 
droite pour coucher l'oreille gauche , & 
fuivez exa&ement ce qui eft prefcrit ci- 
defTus pour la droite ; celle-ci doit finir 
l'opération , c'eft-à-dire , rafer le chignon. 
A cet effet , portez la main droite der- 
rière la tête , le rafoir au deflbus , tou- 
jours pofé bien près des doigts, baiflez 
un peu la tête en devant , & vous ra- 
krez auffibas que vous voudrez. 

Si l'on veyt, enfin , apprendre à fe ra- 
fer fôi-méme , indifféremment avec tou- 
tes fortes de rafoirs , fans rïfquer de fe 
bleffer , prenez une tête à perruque , foit 
ie bois , de cuir ou de carton ; poudrez- 
în le vifage avec une houpe , de telle 
forte que la moitié en foit bien poudrée, 
;'eft-à-dire les joues , la mouftache , là 
jarbe & le col; placez enfuité cette tête 



(82) 

poudrée devant un miroir , à telle dit 
tance & hauteur que vous puiflîez voir 
toute fa figure. Mettez vous derrière: 
prenez votre rafoir de la manière démon- 
trée par la figure 3 de la féconde Plan- 
che , & rappeliez - vous tout ce qui eft 
prefcrit dans la méthode de fe rafer fbi-- 
même , Chapitre VI. Alors ôbfervez fur 
cette tête , comme fi c'étoit votre vifage, 
toutes les pofitions des mains , les pointe 
de tenfion & les coups de rafoir ; ap- 
pliquez-vous enfuite à enlever bien légè- 
rement la poudre de cette tête fans l'é- 
côrcheri foit qu'elle foit de bois ou de 
carton ; fixez toujours bien la place que 
vous rafez , efluyez votre rafoir comme 
fi la poudre que vous enlevez étôit la 
craffe de la barbe , pour accoutumer là 
main à tous les differens mouvemens. Cet 
exercice répété dix à douze fois , & quel- 
que maladroit que Ton puiffe être , il eft 
certain qu'on parviendra aifémefat à fe 
former la main pour fe rafer avec d'ex- 
•térité, & fans rifquer de le balafrer le 
vifage. ! 

Il feroit bien plus raifonnable & cha- 
ritable pour les pauvres ou les mauvais 



(83) 

payeurs , que les Barbiers donnaffent cé& 
principes à leurs apprentis , & les fiflent 
exercer durant trois oui quatre mois fur 
des têtes à perruque , avant d'expbfér 
le vifage d'un humain à la main trem- 
blante d'un apprenti \ & à la vivacité d'im 
tranchant qui ne rëfpeâe rien , s'il ri'eft 
conduit par une main fàge & iûre , qui 
puiffe le diriger. 



CKAPITRË VIII - 

Des pierres propres â affiler toutes fortes 
de trancbans , le propre de chaque ef- 
peùe , & là différence des bonnes $P dès 
mauvaises. 



Jl^I o u 



s ne çonnoiflons que cinq for- 
tes de pierre^ propres à l'affilage de tout 
.infiniment & outils tranchans ; il eft très- 
néceflaire de connaître ces pierres , & 
defavoir diftinguçr la propriété de cha- 
cune 9 parce que les meilleurs tranchans, 
inftruraens ou outils , ne font çqû& ^x 



C84) 

&at tfopérer long^etti& 6ns être repal 
fésj parce qu'étant deftinés à trancher 
hacher, couper ou faucher , ilsfegâten 
par le frottement plus ou moins fort 
occafionnç par leur aétion. Si 1'inftru 
ment .eft bon , le feryice en eft plus long 
il eft vrai, mais i'arrpndifTement de ï 
furface aiguë lie ferait pas moins. Sîi'i&l 
trument eft mauvais , c'çft-à-dire , s'il el 
trempé trop chaud , il s'ébreche aifément 
A'iLeft, au contraire ^.trempé trop bas 
il fe plie ou fe renverfe de l'autre côt 
du* frottement. Ainfi > qu'il foit bon 
médiocre ou mauvais , les pierres h 
font toujours d'un grand fecours, cor 
rigetit l'imperfeâion de la matière , & k 

* procurent un bien plus- long fervice. 

La première elpece de pierres propre 
à affiler , eft d'un gris foncé ; elles for 
longues, un peu applaties par les deu 
bouts ; elles font allez Communes , pai 

^ ce qu'elles fe trouvent en plufieurs pay 
tels qu'en Auvfergné i >: en 1 Lorraine 5 &< 

-Les Meilleures fe trouvent dans le paj 

• dé : Liège , mais eh général , il y en a d 
bonnes & de maùvâifës dans ces diffc 
rens pays* : • ''";'; : *- v 



Les tftauvaifes fe connoiffefttàtï'gKiirf 
tpiï èft trop gros , * on; y apperçoit - mè<ï 
me -dés 'petits brillans à peu près comme' 
fur un enduit de plâtre; leur défeut eft 
d'être du trop dures , ou trop tendres ; 
les dures font cependant préférables -ailier 
tendres , pourvu qu'on ne s'en ferve 
qtfavec de l'eau oiï 4 de f l'huile. ' • ' 

Lès bonnes ont les pores ferrés y le' 
grain en eft doux , elles font d'iin <grià 
quin'éft pas trop foiïfcé, au contraire, 
il eft ttn-petf blandhâtte ; lorfqu'ellesfont 
d'un gràm ferré , uni & doux , elles font 
un trahdhant plus* fui * c'eft - à - diire j 
qu'elles font les délits plus fines, ce qui' 
eft toujours effentiei. 

Cette première ëfpeee eft bonne pour 1 
*ffîlër les tranchaiis des couteaux, \fer- 
pettës ï greffoirs , faux, faucilles , ha* 
CÏioirs , couperets , haches , rabots , fôN 
moirs , plane , & généralement tous les 
outils de Jardinier , dfe Charron , de 
Charpentier ,' Tonnelier , Menuifier mé- 
lôe , de Cordonnier, Corroyeur, & en- 
fin tous les inftrumens & outils, dont 
kgfcrànchans font forts & deftïnés- aux 
fbrtt ouvrages en bois* lifevxV çfefew^v 



que lorfque cfes pierre? fbht bonnes; il, 
feut s'en fervir à feç : ; & .fi, au- -contrai-, 
k s elles font trop dures ou trop ten- 
dres, il faut s'erç fervir à l'eau. ; ; 
; Pqw mettre ces pierres en état de fer- 
▼ir jQrfqu'eHes font neuves , il faut en 
choifîr la face la moins rai&teufe,: & 
Punir fur un grfcis OU fur; une pierre de 
fcille; fur laquelle on met du fafrlon, 
# la frotter à fec d'un bout à l'autre, 
, Lorfqu'elle eft feiet* dégroffie i ; il faut 
ççhever de l'unir ; avec un morceau de 
pierre de ponce à feç ; .& lorfque ppr 
lp Jong. fervice , il s'y fait des trous, 
des baffes ou des inégalités, il faut Po-! M 
nir & la remettre, eft çtat de fervir, ai| 
Moyen de la pierre de ponce, : _ 
.La fecefade efpeçe dé pierres s{i, celle, 
qui porte le nom de pierre du J-evanfc 
ou de pierre à l'Jiuile ; cette forte dé 
pierre ne fe trouve que dans lçs pays du 
Xevapt ; c'eft au Port de Joppé ou Ja- 
fre 3 que quelques vaiffeaux en font des 
cargaisons pour les tranfporter en Eu- 
rope. Cette pierre doit être regardée conf- 
ine très-utile ; & pour en faire açqué- 
m plus parfa^ment la coiuioiffance , il 



(87) 

faut en expliquer les différentes efpeces,' 
La première efpece eft celle dont la 
cauleut eft d'un beau blond , & qui a 
ïe grain doux & tendre; la féconde ef- 
pece eft d'un blond foncé , approchant 
même un peu du noir ; fon grain eft 
ferré , Se dur. Dans ces deux efpeces , 
il s'en tfouve également de bonnes & de 
pauvaifes ; mais il s'en trouve plus de 
bonnes dans le nombre des dures , que 
dans celui des blondes , parce que ces 
dernières font fouvent fablonneufes & 
fiïjettes à avoir un grain inégal, c'eft-à- 
dire f qu'elles renferment des efpeces de 
durillons ; fouvent il s'y trouve des vei- 
nes en travers ou obliques , qui font quel- 
quefois plus tendres que le relie dé la 
pierre , & d'autres qui fe trouvent plus 
dures. Ces durillons & ces veines ten- 
dres paroiffent "à la vue ; il n'en faut pas 
néanmoins çqnclure que toutes les pier- 
res veinées foient mauvaifes , car il y a 
prefque à toutes les pierres quelques pe- 
tites veines ; malgré cela elles n'en font 
pas moins bonnes quand le grain^ eft 
égal ; mais an doit toujours préférer cel- 
les (ktot les veines font te ion& <k 1& 



(88) 

pierre , & non pas en travers ou oblU 
quement. ... 

Pour s'aflurer de l'égalité du grain; 
on peut y pafler deffus le tranchant d*uh 
couteau ; fi la veine eft dure , & forme 
lin durillon V le tranchant fait un petit 
feau & ne paflepas uniment; fî au con- 
traire, c'eft une veine tendre, l'on fent 
le tranchant du couteau qui mort plus 
en cet endroit qu'ailleurs : en un mot 
pour que la pierre foit parfaitement bon- 
ne, il faut fentir pafler le! tranchant du 
couteau par-tout en douceur & fans au- 
cune inégalité. Il faut aufli faire atten- 
tion 4u'il n'y ait aucun tac graveleux» 
ce qui eft encore fort mauvais. Au fur- 
plus , c'eft à l'œil à décider d'un grain 
bien égal & des pores ferrés. 

Il s'en trouve auflî quelquefois de 
marbrées , mais rarement elles font bon- 
nes , parce qu'il arrive que tandis qu'u- 
ne place blonde eft bonne , fa couleur 
yoifine plus blanchâtre eft trop tendre, 
& une autre à côté plus noire & trop 
dure; ce qui eft toujours nuifible aux 
outils. 
Pour mettre ces fortes dé pierres e« 



(89) 

iltat de fervice quand elles font neuves, 1 
il Faut les frotter en longueur fur un 
grais à fec, ou fur une pierre de taille 
unie , fur laquelle on met du fablon , & 
l'on frotte la pierre jufqu'à ce qu'elle ait 
One face bien plane & fans inégalités. 
On prend enfuite une pierre de ponce 
avec laquelle on la frotte à l'eau claire ; 
celle-ci emporte les gros-traits qu'a fait le- 
fàblon , & prépare le grain à faire utf 
tranchant doux. 

Pour s'en fervir avec avantage, il faut 
l'imbiber d'huile d'olive , pendant Pefpace 
.d'un mois; finon elle eft trop tendre, 
graveleufe & fablonneufe, fait un mau- 
vais trarithant & qui eft fi rude qu'il' 
refïife le fervice. 

La première efpece de ces deux pier- 
res , eft la tendre , de couleur blonde; 
elle eft très -bonne pour les tranchans 
fins , comme pour emporter le premier 
jnorfil de la lancette & régler la pointe 
fi elle n'a pas été faite bien régulière fur 
lé tour ; elle fait aufii un bon tranchant 
eux fcalpels à difféquer. On peut même, 
dans le befoin , s'en fervir pour les cou- 
teaux à amputation , pour le* <s»û& > ^>v 



<5>o) 

toits, coupe -cors, coupe -crayons, & 
tout infiniment de femblable s efpece, 
pourvu toutefois qu'on affile bien légè- 
rement 

C'eft cette pierre qu'il faut aux Chi- 
rurgiens dentiftes pour repaffer les inA 
trumens à nettoyer les dents ; c'eft elle 
auflî qui doit affiler tout tranchant à cou^ 
per & à parer le cuir , couteaux à cou*, 
per la baleine , & généralement touteà 
fortes de cizeaux, foitàlinge, étoffe ,, 
draps, moufleline^ à cheveux, à crins, &a 

Il faut auffi comprendre dans cetter, 
claffe , cette quantité d'outils qui fervent 
à faire & à finir les ouvrages de plu-» 
fieurs fortes de métiers , comme lupetteç 
de Corroyeur , de Parchemiftiers ; cesr 
çfpeces de canifs dont on fe fert pour, 
faire tous les petits ouvrages qu'on ap-* 
pelle Bijoux -d'Allemagne, pour tputes 
ces petites figures fculptées. en bois , en 
os , en yvpire,* en écaille , en nacre de 
perle. .;,.,- 

Plufieurs Ebépiftes & Sculpteurs fe fer-» , 
vent d'un morceau de pierre de Lorrain 
ne à l'eau , pour affiler leurs gouges * 
Jeurs cizeaux , leurs racloirs ; ce n'eft 



cependant pas la meilleure , la pierre du 
Levant eft bien préférable ; il y a une 
très-grande différence de l'une à l'autre 
pour repaflèr ces fortes d'outils, princi- 
palement pour ceux qui finiffent l'ou- 
vrage : ils ragréent beaucoup mieux & 
plus diligemment 

La féconde efpece de pierre eft d'un 
blond foncé; cette forte de pierre étant 
dure, eft très Jbonne poyr un grand nom- 
bre de trancharis forts ; eUe eft même 
indiipenfable pour les burins & éçhopes 
(Je gyayeurs lur tous métaux , cizelets » 
gouges , & cizelets a tailler l'acier , l'pr, 
l^rgent, le cuivre , l'étain , & généra- 
lement tçus les métaqx; pour les ou T 
tils des Sculpteurs en marbre, en bois ? ~ 
ou en plâtre, pour lçs petites gouges f 
cizeaux qui fervent aux Henuifïers poiir 
pouffer des moulures ; pour tous les ou- 
tils qui fervent à tourner tous les mé T 
taux , le bois , l'y voire , Pos , enfin pour 
tou& les outils du tour & de femblablç 
efpece. 

Elle font , en outre , très - néceflaires 
pour affiler les forces des Tondeurs de 
4raps r lçs petites pour le taffetas * les 



Forces & les cizeaux des Gantiers ; des 
Bourfiers , & généralement pour tous 
les ouvrages en peau , eii draps , en 
étoffe & en linge. " 

Ceft une réglé générale 1 qu'il faut fe 
fervir d'huile d'olive pour affiler fut les 
pierres du Levant de telle efpece qu'el- 
les Foient , dures ou tendres , blondes ou 
noirâtres , & jamais d'eau : ; parce qxie 
l'eau dilate leè pores, grôffît le ^grain , 
& par conféqùen f t fait un mauvais tran- 
chant ; c'eft dé" l'indifpenfablé néceffité 
de s'en fervir à l'huile ; que lui fcft ve* 
nu le nom de pierre à hùilë.' <- ; 

La troifietae efpece de piètres- à affi<» 
1er eft celle ^qùieft d'un graiti- fbrf'doûx 
& de couleur vercjàtre , où hdif âtfé ï our 
brunâtre. ïl : s'0n ttouve en : Eàtiguedoc a - 
en Auvergne ; la Lorraine fournit ôrdi-* 
nairement les meilleures ; célles-d'&ngle- 
terre, qui Fdntf r Tibirfcs , ne fônfepafs ihau- 
vaifes ; mais elles ne valent parles ver- 
tes de la Lorraiher Un Prêtre voyageur, 
en apporta de très bonnes, qu'il affura 
Savoir prifes fur le Mont-Véfuye, difant 
même qu'il s'étbit expofé au 4 aan^er de 
périr ; % je pénfe qu'il <& vrai. D'ailleurs 



<93) 

ces pierres étpient calcinées d'un côté,' 
ce qui formoit une efpece d'écorce tou- 
te cendreufe, & le milieu étoit verd. Il 
feroit à fouhaiter qu'on en cherchât fur 
ce Mont , fauf le danger de courir les 
rifques de fe bleffer ou de perdre la vie ; 
car je n'ai jamais vu ni éprouvé de fi ex- 
cellentes pierres, d'un grain égal par r 
tout, fans veines ni clous, ce qui vient 
certainement de la préparation naturelle 
du rocher enflammé. 

On ne connoît , pour l'ordinaire , la 
bonté de, ces fortes de pierres ( j'excepte 
celles dont je viens de parler ) qu'à Pet 
fai ,• on peut feulement examiner fi elle 
a le grain doux , fi les pores font ferrés 
.& unis, li elle n'a pas des efpeces de 
clous durs comme de petits cailloux ; 
pour être bonne il faut qu'ellç foit ten r 
dre au poiijt que la pointe d'une épin- 
gle y morde un peu , mais .difficilement ; 
elle doit être égale en dureté par-tout, 
ce que l'on peut fentir en paflant un tran- 
chant de couteau le long de la pierre , 
par ce moyen on cônnôît fi elle n'a pas 
àe durillons , ni des endroits plus ten- 
dres les uns que le? autres, La çouleui: 



doit être égale & fans marbrure. 

Quand cette forte de pierre eft bon- 
ihe, elle peut fervir de féconde pierre 
à lancette, parce qu'elle emporte les dents 
qu'a lait la première pierre, & préparé 
le tranchant à recevoir les coups de là 
dernière , comme nous l'expliquerons 
plus au long dans le Chapitre fuivant 
Cette même pierre eft excellente pour 
les tranchans de la féconde efpece [ i 3] 
qui font les Lilothomes Chirurgicaux , 
& pour ceux de la quatrième efpece, 
qui font les canifs , les coupe-cors , les 
petits couteaux de faifeurs de velours & 
fles brodeurs. 

Pour préparer cette pierre & la met- 
tre en état de bien affiler, fi elle fe trou- 
voit raboteufe , ou qu'il s'y rencontrât 
.quelque inégalité longue à unir * il faut 
la frotter fur une pierre de taille avec du 
fablon à fec ; excepté cela la pierre de 

[13] La première efpece de tranchant eft 
la lancette & les inftrumens qui fervent à 
l'opération de la cataracte * le rafoir n'eft 
que la troifîeme efpece , parce que (à douceur 
n'égale pas à beaucoup près celle que doivent 
avoir h biftouri &teittodiome. 



(9T) 

ponce à Veau claire la dreffe très-bien ; 
enfuite il fout la frotter avec un morceau 
de pierre à rafoir auffi à Peau claire ; cette 
préparation ainfi faite il la faut oindre 
d'huile d'olive & la laiffer un peu imbi- 
ber pendant ,1'efpace d'une heure & de- 
mie , dtux heures. 

La quatrième efpece de pierre eft celle 
k rafoir ; nous, en avons emplemeht traité 
dans le premier Chapitre , & c'eft ce qui 
nous difpenfe d'en^ parler ici. Je dirai 
feulement en paflant, que fi l'on n'a- 
toit point de pierre de la troifieme efpe- 
ce , qui eft verte , on pourrait la rem- 
placer par celle-ci , pourvu qu'elle foit 
d'un grain fin , & plutôt dure que ten- 
dre. 

La cinquième efpece de pierre eft auflî 
tare à trouver excellente , qu'effentielle 
au genre humain. Ce font des cailloux 
verdâtres % communément . nuancés , Se 
veinés de couleurs & même fou vent 
bleues; il s'en rencontre quelquefois fur 
le bord des rivières ; mais rarement el- 
les font parfaites fi elles ne font d'un beatit 
verd. Il en vient çle bonnes de l'Efpagnei 
mais les meilleures fe ftGWÔft $ssvi \* 



<90 

pays d'Aunis , la ville de la Rochelle ea 
eft prefqu'entiérement pavée ; lorfqu'il 
fait un orage, & que le pavé fe trouve 
lavé , on en diftingue de bonnes , c'eft- 
à-dire , on voit celles qui font d'un beau 
verd , & fur lefquelles on n'apperçoit 
point de petits trous, ou. des ppints de 
couleur étrangère au corps de la pierre; 
pour en être plus fur , on l'éprouve au 
taft ou au frottement ; à cet effet , il 
faut être muni d'une bonne lame de cou- 
teau bien dure , & même une lame de 
ïafoir, appliquer le tranchant fur ce cail- 
lou , & racler un peu brufquement , fon T 
der avec la pointe durafoir, pour fen- 
tir s'il n'y a pas de grains durs ou de 
moux qui empêchent que le tranchant 
rie glifle deffus toujours uniment , éga- 
lement & avec la même douceur dans 
tous les endroits du caillou ; fi la pierre 
eft telle qu'on vient de le dire , elle eft 
bonne; car il faut qu'elle fqitVd'une du- 
reté tellement égale, que le rafoir , tel 
dur qu'il foit, ait de la peine à mordre 
fieflus ; il faut néanmoins qu'if y morde, 
niais très-difficilement 

Ce n'eft pas tout de la juger bonhç 



(S>7) 

d'après ces épreuves ^ néanmoins c'eft 
pQffible ; mais il y a encore bien des 
difficultés pour la mettre en état de bieii 
affiler; malgré fa dureté, il faut lui faire 
une face plane & la rendre légère à k 
main ; le feul moyen connu jufqu'à pré- 
fent eft d'enchâffer ce caillou dans du 
plâtre, & de le feier de la même façon 
qu'on, feie le marbre, c'eft-à-dire , avec 
une feie fans dents , & à force d'eau & 
de fable fin ou du grais pilé. 

Lorfqu'elle eft fciée en deux, Jfrenez 
un bon morceau de pierre de ponce cel- 
le qui aura les pores les plus fins , & 
frottez-en la pierre ; à force d'eau & de 
patience vous parviendrez à la bien unir. 
Il ne faut lui laiflfer aucune inégalité „ 
pas même un léger trait de feie : afin 
qu'elle foit polie, prenez un morceati 
de pierre à rafoir un peu dure , mais 
non graveleufe , & à force d'eau , frot- 
tez-en le caillou en longueur, légère- 
ment & long-tems ; par ce moyen elle 
fera très-polie , & les traits de la pierre 
de ponce feront emportés. C'eft avec 
autant de foins & de travaux que cet ou* 
vrage exige, que l'on peut fe procurer 



/ 



(98) 

une bonne pierre à lancette. Il ne faut 
.pas manquer de l'enchâlfer dans de bdn 
bois de chêne ou de noyer bien jufte ; 
mais il n'eft point héceflaire d'en recom- 
mander le foin, il fuffit de l'avoir cher- 
chée, travaillée & appropriée foi - mê- 
me, pour porter toute fon attention a 
fon entretien & à fa confervation. 

La propriété de cette pierre ne s'étend 
pas bien loin , quant au nombre des inf- 
trumgpis fufceptibles de fa vertu ; mais 
elle n'eft pas moins précieufe. Elle n'eft 
indifpénfable que pour les lancettes & 
pour les inftrumens . propres à faire Po- 
pération de la catarâtte , foit par abaif* 
fement, foit par Pextradion du cruftal- 
lin, parce que tous ces inftrumens ne 
doivent point différer de la lancette, 
quant à la bonté de l'acier , à la régu- 
larité de la trempe, à l'indifpenfable né- 
ceflité de fa pointe aiguë , & à la par- 
faite douceur de fes tranchans ; afin d'é- 
viter dans cette opération délicate , le 
tiraillement des nerfs, des fibres, & de 
.toutes les parties voifines qui fe trouvent 
toujours irritées , quand le tranchant cpu r 
j>e rudement , d'où il s'enfuit infaillible- 



^99 > 

méat une inflammation forcée f qurnuîç 
toujours à la prompte guérifon* 

Tout infiniment qui a pointe aiguë,, 
doit être affilé Tur cette pierre 3 c'eft-à- 
dire, les lancettes à abcès , le darçl du 
pharingotome ., qui fert à percer les ab- 
cès dans la gorge ,. les trois quarts , pour 
les ponctions , foie au périnée,, foit. pour 
1fi$ hydropifies , pour l'hydroceïle & pour> 
te bropchotpmie. / 

Sachant que. quelques Chiruçgiens 
s'occupent eux-mêmes à l'affilage de leurs 
lancettes, foit par goût, foit par, J'éloi-i 
gisement des Çouteliers-ï^ancQtieçs ; je? 
ne négligeai rien pour donner exade-» 
noieat tous les* principes & toutes les ink 
toudions n^cçffaires pour qu'ils p*ûflenfc 
s'y, . perfectionner t ; ; . je- les prie feulement; 
deffe pprfusderque l'apprentiffage en eft 
fort tongv , <& dèmprçdç une application 
tpqte particulière» & un exerqce tou- 
jours raifprçîié. ,; 

Je ne erpispas en cela faire de peine 
^ ceux de mes Confrères , qui pofledent 
pi&rçie des , talenp fupérieurs * pour faire 
de bonnes lancettes, & qui connpiffent 
également les principes de l'affilage , & 



( ioo ) 

qui font éclairés fur le choix des bonne» 
pierres. Je les crois auffi bons citoyens 
que moi , & les bons citoyens n'ont 
point de fecret dont ils ne doivent fai- 
re part. 

D'ailleurs ,' le nombre des Couteliers 
qui ignorent l'art de la lancette , eft 
beaucoup plus grand que le nombre de 
ceux qui le poffédént , car c'eft tout au 
plus ( en exceptant ceux de Paris ) fi 
Ton trouve fix Maîtres, fur cent, qui 
s'appliquent à cet art. Par conféquent, 
fi je ne fuis pas utile à ceux qui en ont 
l'art, au moins le ferai-je à ceux qui ne 
le poflfédent pas ; car je puis dire avec 
certitude , que la crainte de ne pas pour- 
voir trouver des pierres vertes, les fait 
renoncer au defîr d'apprendre cet art, 
parce qu'ils ignorent jufqu'au lieu où 
l'on peut en trouver ; mais comme je 
n'ai rien négligé pour F indication des 
lieux & la recherche de ces bonnes pier- 
res > j'efpére qu'ils fë livreront plusfûre- 
mënt à en faire la recherche , & qu'ils 
s'occuperont de cet art fi Utile à l'hu- 
manité* 



( 101 ) 



CHAPITRE IX. 

Principes généraux pour affiler toute forte 
tfinftrumens S? outils tranchant* 

. JL o ut Part de l'affilage confifte k 
emporter le morfil que la meule , ou le 
grais ont levé ou fait en formant le tran- 
chant ; en, portant ce morfil, qu'il eft 
eflèntiel de ne pas laifler, il faut for* 
mer à chaque côté du tranchant de l'infc 
trument , un petit bifeau vif, régulier * 
aufli large & auffi fort d'un côté que 
dç l'autre, & égal tout le long du tran- 
chant; on parvient à ce degré de juftefle 
fi nécefTaire , en réglant la légèreté de la 
jnain , en appuyant pas plus d'un côté 
que de l'autre , & de façon que tous les 
coups de pierre qu'on donne, foient ré- 
gulièrement appliqués d'égale force & 
légèreté. 

Pour mieux faire fentir tous les prin- 
cipes & les points de l'affilage , prenons 
tous les tranchans les uns après les au? 

9* v 



( roi ) 

très , commençons par les" plus forts 
pour parvenir par degrés jufqu'aux plus 
fins, & indiquons l'efpece; de pierre con- 
venable à chaque infiniment ; c'eft , je 
f)enfe ., le meilleur moyen pour appren- 
dre utilement. / 

Le tailleur de pierre n'a volontiers be- 
foin que d'un grais avec de l'eau , pour 
affûter fôn marteau & fo» dfeau ; ce- 
pendant loffiju'il travaillé dé la pierre 
dure, ; la pierre à faux , qui eft la pre- 
mière ; > fcfpéce , peut - lut bien convenir 
pour ftnporter les gtoffes 1 dents que fait 
te grais , & en fubltituei 1 de plus fines, 
fur-tout qtiànd le grais dont il fe ferteft 
îm peu tendre; par ée moyen, la cou-» 
pe nefëroit pas fi rude; & fa tigueroit 
beaucoup moins l'ouvrier. Voici donc la 
jméthode d'affûter le marteau & le ci- 
feau-, lorfqû'ils ne coupent plus, appli- 
que^ ïè tranchant fur tur bon grais , ni 
trdpr'dûr ni trop tendre , & bien uni ; 
ne pôfe'z fur la pierre que le bord du 
tranchant du marteau pu du cifeau , & 
que l'autre extrémité, foit élevée de foa 
niveau , du tiers de la longueur de l'inC 
fcrïwuent ; dans cette çofition , allez & 



(io3) 

venez en frottant, commet vous vov£ 
liez racler le grais avec le tranchant , 
appuyant plus en allant qu'en venant, & 
formez de chaque côté un bifeau bien 
vif, en confervant toujours la même po- 
jStïon , & ayant attention de donner les 
derniers coups bien plus légèrement que 
les autres. Ragréez enfuite , avec la pier- 
re de la première efpece , le tranchant, , 
en lui donnant quelques coups de cha* 
que côté, pour emporter ce gros mor~ 
fil, & faire des dents plus fines. 

Les Sculpteurs Marbriers fe fervejpt 
r pour la plupart, d'une pierre grife à 
ïeau , pour affûter leurs gouges & leurs 
cifeaux ; mais la pierre du Levant dure 
jSc à l'huile ( de la féconde efpece ) efl: 
Jbien préférable , parce que le tranchant 
en feroit plus vif,, mordroit beaucoup 
mieux fur le marbre , enleveroit >plus net 
les morceaux^, & avec bien moins de 
peine. 

... La manière d'affûter [13] tous les ou: 
Ms propres à tailler , couper & fculptgr 

[13] L'adion de-faire le tranchant à un 
«utâlîur un geais Qablc> eft afftoer. 



(i04) 

le marbre , la pierre & le plâtre \ dematî; 
de les mêmes pofitions du marteau & 
du cifeau du tailleur de pierre ; cepen- 
dant il faut faire attention que fi le ci- 
feau eft véritablement un cifeau à face 
plane, & de l'autre côté un bifeau vif, 
il faut toujours tenir le bifeau fur le 
grais , & n'y point paifer le côté plane. 
Lorlque l'on vient à la pierre à l'huile, 
•fi l'on donne douze coups fur le côté 
"du bifeau , il rj'en faut donner que deux 
fur le côté plane , mais très à plat , & 
fort légèrement, & fur-tout que le der- 
nier coup foit toujours donné fur le bi- 
feau. 

Pour affûter les gouges, il faut une 
pierre qui ait un côté arrondi , pour en- 
trer dans la cavité ; comme la face ron- 
de de la gouge eft la même que la face 
plane du cifeau , il ne faut donner que 
deux légers coups fur la face ronde , en 
fuivant fa diredion cylindrique , & faire 
tout le tranchant du côté de la face ca- 
'-ik-j il fout auflî à cet outil que le der- 
ûier coup de pierre foit donné du côté 
scave. On reconnoît fi ces outils font af- 
fùtés & affilés, lorfqu'iU raclent l'ongle 



t!tt pouce vivement & avec douceur. 1 

Les outils de Tonneliers, Charrons; 1 
Charpentiers, Menuifiers, Layetiers, BoC 
feliers, Vanniers, demandent la même 
méthode pour l'affûtage & l'affilage des ha 
ches, planes , rabots, cifeaux, fermois, 
bec-d'âne, befaigue, &c. il doivent tous 
avoir un tranchant robufte. Etant tous 
faits en cifeau, [c'eft-à-dire qu'un des 
côite's eft en bifeau , & l'autre eft plane] 
ils s'affûtent fur un grais , comme les ou- 
tils de Tailleurs de pierre, & des Scul- 
pteurs Marbriers. 

Plufîeurs Maîtres ont une meule mon- 
tée fur un arbre pofé fur une auge fai- 
te exprès ^n bois ou en pierre; cette 
invention eft très-bonne pour faire un 
tranchant promptement, parce que Pai- 
guifement [14] de la meule va plus vite 

[14] On nomme aiguifer l'aâion de la 
meule fur un outil , & l'aâion de la poliflbire 
fe nomme polir; mais pour exprimer ces deux 
adions exécutées fur un outil ou inftrument, > 
on dit repajfer. Néanmoins , ert terme de Part, 
pour exprimer un bon Ouvrier , nous difons; 
c'eft un bon ou un grand Emouleur j il eft à 
remarquer qu'en cela le terme de la meule 
prévaut, fur celui de la çoMovœ > 'gœ* <s?^ 



<ioO 

que l'affûtage avec le grais.; mais l'apîj 
prentiffage de la meule eft plus long que 
celui du grais. Pour parvenir prompte- 
ment à la fcience de la meule, il faut 
chercher un point d'appui aux coudes, 
ou faire porter l'autre extrémité de l'ou- 
til fur quelque chofe de folide, com- 
me fur l'auge même , fi l'outil eft fuffi- 

grand Emouleur ne peut pas être mauvais 
poliifeur , & que le coup de la main n'en dif- 
fère en ritn. Prefque tous ceux qui mon* 
tent des meules {excepté les Couteliers} font 
le trou à la meule avec un cifeau & un mar- 
teau. Souvent la meule cafle en faifant le trou 
de cette façon, & quand elle ne fe cafle pas 
dans le même cornent, il s'y fait des ruptu^ 
res intérieurement qui les font cafler eh tour- 
nant, d'où il afrrive quelquefois des accidens 
funeftes. VoiGi donc îa meîM*ure méthode: 
la figure? delà féconde Planche, repréfente 
un outil d'acier fait en piramide , de trois ou 
quatre lignes d'épaifleur, dix-huit lignes de 
large en bas, & terminant en pointe de deux 
dents , le tout fept à huit pouces de long. On 
met ce gros bout dans un étàu bien droit; 
& après avoir marque le trou au milieu aVec 
Une efpece de foret , on pofe la meule fur 
ces deux dents , que Ton fait tourner comme 
fur un pivot ; elle fb perce facilement, prompt 
tment, & fans couru uuwiv t\G\ut* 



îamment long; linon, il faut placer yii 
ïnorceau de bois à diftance raifonnablé* 
pour pouvoir pofer l'inftrument deflus, 
parce qu'il faut que tout lé tranchant 
fait fait bren vivement du côté du bi- 
feau, car s'il eft en denii-rond ou trem- 
blant ; il ne coupera jamais bien. En fé- 
cond lieu, il; faut que la meule trempe 
toujours dahs. l ? eâu, car il; ne faudroit 
qu'un feul coiip donné à fec, pour dé- 
tremper l'inftrumènt, # le rendre abfo- 
lument mauvais. 

En troifieme lieu * il faui que : la meu- 
le tourne toujours rondement, foit qu'el- 
le aille par le moyen du pied ou de te 
tnariiveUe par uni fécond garçon. Les fe- 
coufles font chanceler la main de l'Emou- 
leur, ce qui Élit changer. la pofition; 
Jilors ie bifeaii eft fait en tremblant ou 
pn demi-rond, au lieu qu'il doit être 
bien vif Ce n'eft donc qu'en obfervant 
tous ces principes qu'on peut bien ai r 
jguifer. 

Enfin quand le bifeau eft vif , que le 
tranchant éft bien droit, que les bre4 
thés font emportées, qu'on s'apperçoit 
%xfil y a -du ûiorfil de Isré, .bisti <^$L<§; 



tourné du côté '. plane , "alors l'outil cft 
tien; il ne s'agit plus que d'abattre ce 
morfil avec la pierre du Levant, à l'huile , 
{féconde efpece] de la manière indiquée 
pour le Sculpteur en marbre, en pier- 
re &c. Il faut fur-tout, comme je l'ai 
déjà dit, que le dernier coup de pierre 
foit donné fur le côté du bifeau, fans 
quoi le tranchant glifferoit fur la matie- 

, xe au lieu de mordre facilement , & fans 
être obligé de levçr la main plus qu'il 
ne .faut, ce qui fait que l'ouvrier n'eft 

. plus maître de retenir fon coup , & qu'il 
fait entrer l'outil trop avant dans la mu* 
tiere; fur-tout dans le bois : c'eft en ou- 
tre une double fatigue pour la main 
qui tient le cifeam 

Les inftrumens de Jardinier exigent 
chacun des inftrudions différentes: pour 
les cifailles à ébarber ou tondre les ifs, 
les buis , il feut prendre la pierre de la pre- 
mière efpece à l'eau, la placer à travers le 
bifeau du tranchant, lever un peu la main 
qui tient la pierre , pour r ne pas faire le 
bifeau fi court, & donner des coups de 
la longueur de la pierre fur toute la 

longueur du tranchant* jufqu'à ce que 



\ 



( 109 ) 

Von fente fous le pouce un peu de mor- 
fil en dedans de la lame; j'entends par 
le dedans des lames les deux faces qui 
fe frottent enfemble ; alors on donne deux 
ou trois coups bien légers , & a plat 
fur le dedans des lames , & l'on finit par 
donner le dernier coup fur le bifeau. 
- Quant à Péchenilloir , aux ferpes & 
a tout autre inftturaent à gros tranchant, 
il faut la m£me pierre à fec, fi elle eft 
bonne, & à l'eau fi elle eft dure ou ten- 
dre [*s]; prenez l'outil de la main galo- 
che, appuyez-le par le dos fur quelque 
thofe pour être plus fur du coup, & 
pour ne pas vous blefler : appliquez la 
pierre fur le tranchant, de forte que le 
dos ne porte pas fur la pierre, mais qu'il 
en foit à la diftance du quart de la lar- 
geur de l'outil; tenez-vous ferme dans 

[if] Il paroît ici de la contradiction , ce- 
pendant l'expérience nous apprend, que Peau 
qui dilate lés pores de la pierre dure , rend la 
tendre meilleure, en en rempliffant les pores 
d'une efpeçe de maftic compofé des parties 
qui s'enlèvent de la pierre, & qui fe lient avec 
Teaq > en conféquence la pierre fe trouve moins 
raboteufe, mais plus unie, & meilleure cour 
affiler. 



(no) 

<ette pofïtion, & procrfenez la pierre le 
long du tranchant, coratae fi vous vou- 
liez racler la pierre avec le tranchant, 
& ayez attention de donner autant de 
coup d'un côté que de l'autre, jùfqu'à 
ce que vous fentiez le tranchant mor- 
dre , en raclant un peu l'ongle du pouce. 
Les faux, les faucilles. & tout autre 
infiniment' à peu près fèmblable, s'affc 
lent de; même avec la pierre de la pre* 
miere efpece; mais généralement quand 
•ces fortes d'outils ont été affilés plufieurt 
fois, le tranchant fe trouve arrondi & 
trop gros pour pouvoir fe difpenfcr de 
lé faire repaffer fur la meule- 
La ferpette & le greffoir s'affilent auflj 
fur la même pierre ; mais pour le faire 
adroitement, au lieu de faire marcher 
4a pierre fur le tranchant, c'eft au co% 
traire le tranchant qu'il faut faire mar- 
cher fur la pierre. Pour cet effet, il faut 
prendre la ferpette de la main [ 1 6~] drc& 

[16] Je fuppofe toujours un droitier, ainfi 
un gaucher peut fuivre fori habitude , en fai- 
sant faire à la gauche ce que je prefcris pour la 
droite, & par conféquent faire obferver à fa 
droite, ce que je çtefcm çout la gauche* ' 



(Ilî) 

te, la pierre avec la main gauche, & 
faire porter Je tranchant feul fur la pier- 
re , ayant foin que le dos en foit tou- 
jours diftant du quart de la largeur de 
la lame , & en un mot , obferver tout ce 
que j'ai preferit ci-deffus pour les ferpes * 
les échantillons , & autres femblable$ „ 
inftrumens. ' \ 

Si un Jardinier eft curieux que feâ 
înftrumens, cou périt bien, je lui confeit 
le de fe fervir de la pierre du Levant 
[féconde efjtece] & à l'huile, fur-tout 
pour îç greffoir -& les petites ferpettés à 
efpaliéï' la' coupé en ferbit beaucoup 
j>lus franche, plus vive, & bien moins 
fatigante^' L ! ' ' ' 

Tous les; couteaux , foit de table, de 
poche, de cuifine, 'tranche-lards; cou- 
teaux d'bffice & aufi:es J ; demandent la 
même méthode & les mêmes indications 
que pour le greffoir ; r il faut principale- 
ment obferver la même 'élévation du do? 
[17] fur la pierre, & labourer avec îe 

[17] Je rçpçte Touvent, p^rce que ce prin* 
cipe eljt J[i eflçniiel , que fans, cette' juftefle $: 
cette précaution , on ne feroit t\tw ta Vî\s^ 
fur tel inRtumznt que ce tèiti tLtv 'd&x * ^ ^ 



(lia) 

tranchant, le faifant toujours marcher 
devant comme fi l'on vouloit racler la 
pierre avec le tranchant de l'inftrumenf. 
La pierre grife [première efpece] eft 
bonne pour toutes fortes de couteaux, 
comme pour le greffoir; mais la pier- 
re du Levant [féconde efpece] & à l'hui- 
le eft bien meilleure. Enfin pour s'affu- 
rer fi le couteau qu'on a pafle fur Tune 
de ces deux pierres, coupe bien, on 
peut choifir un endroit dans la main où 
Il 7 ait quelque petit durillon , & y cou- 
per avec ce couteau un peu de peau: 
mais , au refte , s'il racle l'ongle avec 
douceur & vivacité , il eft bien repaiïé. 
On peut regarder le fufil comme une 
eipece de pierre à repaffer les couteaux, 
ou proprement dit donner le fil ; mais 
il ne convient effentiellement qu'aux 

cou- 

fc> I M l M ,1 ■ ■ ■■ I. . ■■ 

examine le rafoir, il eft épais du dos, & ce 
n'eft qu'à ce deflèin qu'on le (ait tel , fans quoi 
les meilleurs maîtres de Part auroient peine 
à le bien affiler , au lieu que ce dos qui eft 
fort , fixe par là force l'élévation du quart de 
la largeur de Pinftrument* ce qui eft le juft* 
degré que je recommande. 



(m) 

tôtiteaufc de Bouchers & de CuifimefS-' 
On s'en fert foutont pour les couteau* 
de poche & de table ; mais les pierres 
de Liège & du Levant font préférables 
pour ces derniers , parce qu'ils coupent 
plus doux, je ne prétends pas pour cela 
en interdire l'ufage * je dis feulement que 
i" les pierres font meilleures que le fufil [î 8]* 

[18] L'ufage de la faïance & de la porce- 
laine eft très-nuifible au tranchant des cou* 
teaux, parce que le vernis qui couvre la 
furface des afliettes, eft plus dur que TacieC 
trempé. & recuit > c'eft pourquoi lorfque Tort 
donne le coup de couceauf pour couper kl 
viande fur l'affiete, on peutr^marquer qu'auf- 
fi-tôt que le tranchant touche le vernis de Pat 
Cette, fa vivacité eft tout d'un coup fmouf* 
fée par l«ur frottement mutuel Mais beau- 
coup de perfonnes n'ont pas encore fait cettô 
réflexion * & en rejettent la caufe fur le couteau 
& fur fon auteur , fe plaignant qu'il faut tou* 
jours avoir le fufil à la main pour les affiler* 
On dira peut-être pourquoi eft-ce que l'oit 
donne du recuit à l'acier, puifque ce recuit 
lui ôte la dureté qui lui feroit néceflaire powr 
réfifter au vernis? Je réponds à cela qu'un 
acier fans recuit $!ébreche & fe caffe auflî fa- 
cilement que du verre , ce qui feroit par con- 
féquciit un fort mauvais inftrument & très* 



(114) 

• ,Le fufil à repafler les couteaux n'eft 
autre chofe qu'un inftrument fait avec 
du pur & bon acier [c'eft-à-dire] trem- 
pé dans toute fa force & fans recuit; 
cette qualité le rend plus dur qu'un cou- 
teau qui a toujours du recuit Le cou- 
teau étant donc moins dur que le fufil, 
& ayant le tranchant arondi par le long \ 
fervice , il eft certain que le fufil racle la 
rondeur qui eft de trop fur le tranchant 
du couteau, & le fait par conféquent 
mieux couper. 

La vertu du fufil fur le couteau eft 
de lever un petit morfil fur la fuperficie 
du tranchant , mais plus robufte que 
celui qui s'y trouve lorfqu'il vient d'être 
repafie fur la meule, ce qui rend ce 
couteau comme une efpece de fcie pro- 
pre à couper le chair morte [19]. 

funefte , fi oji fait réflexion que les morceaux 
qui fe caflènt, en fe feparant de la lame , reftent 
dans la viande que l'on coupe,- quel effet peu- 
vent produire ces morceaux d'acier, fi par 
malheur on les avale, fi cen'eft celui de blet 
fer l'eftomach, de déchirer les intçftins, & 
de nourrir long-tems une maladie incurable» 
parce que la caufe en eft inconnue? 
1*9} M f aut remarquer ^uc la chair mor- 



Çlufiéurs perfdnnes font ufagé de cet 
infiniment pour repaffer leurs couteaux * 
fans néanmoins en tirer toiit l'avantage 
pofliblé , d'où il refaite affez fouvent 
quelles coupent & gâtent le tranchant au 
lieu de le former. Pour prévenir ce dé- 
faut * il eft très-néceflaire dé fuivré là 
méthode que nous avons indiquée pouc 
la-piatre.; & obferver ce que nous al- 
lons prefcriré de particulier pour lé fu- 
fil. Il faut appliquer le tranchant dit 
icouteau fur la carre du fufili de forte 
qu'ils fafTent la croix ; & que lé dos dii 
couteau* [comme fur la pierre] en foifc 
élevé du quart de là largeur de la la- 
me. Dans cette pofition; il faut com- 
mencer par le bas du couteau, près dit 
inanche j & traîne* le coup bien légè- 
rement le long du tranchant jufqu'à li 
pointe $ enfuite * placer l'autre côté dit, 
feouteau en deflbus dû fufil^ toujours fur 
la carre * & traîner aufli le coup jufqu'à 

le eft flafque, & qu'elle s'afFaiile fous un traii-* 
<Shalit ttop doux, parce que les dents font ( 
trop fines : c'eft pourquoi lés Boucher^ & les 
Guiflniers trouvent un prompt fecotictf dan* 
l'ufage du fufib . . . 



h pointe de la lame ; il faut répéter cet- 
te manœuvre quatre ou cinq fois de cha- 
que côté, & avoir foin de donner les 
derniers coups trèsJégérement. On fait 
dés fufils de plusieurs efpeces, au gré 
des perfonnes qui en demandent, c'eft- 
à-dire ., à huit, à fix ou à quatre carres ; 
on en fait même aufli des ronds, taillés 
en grottes dents , qu'on fait avec la car- 
re d'une lime ou d'une râpe, ceux-ci 
font les vrais fuiils des bouchers. Entre 
ces différentes fortes de fufils, la meil- 

. leure effc celle à quatre carres ; par la 
raifon que lorfqu'ils ont travaillé long- 
tenîs, on a la facilité de les faire fur la 
meule, comme un couteau, pour leur 
renouveller les carres ufées ; par ce 
moyen ils font neufs autant de fois qu'on 
Ite délire ; & en outre , leur opération eft 
beaucoup plus prompte, puifque qua- 
tre coups d'un fufîl à quatre carres , va- 
lent mieux que dix coups des autres 
fortes de fnfils. 

* II faut avoir attention d'aller bien 
plus légèrement fur les fufils à ^quatre 
carres que fur les autres; en voici la 
jaifon, qui eit toute fimple. Plus oa 



fait de pans fur un cylindre, plus le* 
carres qui féparent les pans fe trouvent 
courtes , & moins les angles font aigus * 
moins ils ont de vivacité tranchante , & 

}?ar conféquent moins ils mangent , moins 
eur a&ion eft prompte. Ainfi un fufil 
à quatre carres eft plus diligent dans 
fon opération , & exige plus de légère- 
té dans la main , & en conféquencë eft 
préférable à toutes les autres efpeces. 

Les Parcheminiers, les Corroyeurs, 
&c. pour ks lunettes & tous les autres 
inftramens tranchans, propres à parer 
le cuir , fe fervent d'un fufil de forme 
ronde, bien poli & fans aucun trait» 
qui eft plus -tôt un bruniflbir qu'un fu- 
fil. L'expérience leur a appris qu'un car- 
ré fàifoit des dents trop fortes au tran- 
chant, & déchiroit la peau ou le par- 
chemin , au lieu de rafer les parties fu- 
perflues & inutiles aux peaux. Comme 
ces lunettes ont un tranchant un peq 
en, & à, peu près comme celui du canif, 
l'emploi du fufil fait en bruniifoir, n'eft 
pas dans l'intention de lever un morfil', 
mais de renverfer le fil ou les dents du, 
tranchant , d'un feul & même côté. 



(m) 

Comme ces outils travaillent toujours 
du même côté, le frottement fe trouve 
fans cette dans la même pofîtion ; par 
conféquent, le trarichant fe trouve fa r 
tigué d'un feul côté, s'arrondit <% s'ufe, 
c'eft-à-dire , fa fuperficie aiguë fe xen r 
verfe : alors le bruniflbir bien dur & 
bien poli , appliqué fur le côté contrai- 
re à celui qui Frotté fur le cuir, force les 
dents à fe retourner de l'autre fens , & 
fait reprendre au tranchant fa vigueur ; 
mais il faut auffi que les coups de bru- 
jiiffoir foient donnés bien légèrement , t 
p'eft-à-dire , qu'il ne faut pas plus appuyer 
dans un endroit que dans un autre, car 
la réuffite dépend abfolument de la ré r 
gularité du poids de la main. 

La méthode pour affûter & remet- 
tre en état de fervir avec fuccès tous les 
outils des Tourneurs en bois, en os* 
en iyoire, en écaille, & fur tous les mé- 
teaux, en or, en argent, en cuivre, 
en étain, &c eft abfolument la même 
que pour les outils des Sculpteurs & Me- 
nuifîërs; ils s'affûtent fur un grès, ou 
s-aiguifent fur une meule à l'eau, fur l'un 
$ l'autre; çnfuitc il &ut fe feevir d'uii* 



(1X9) 

pierre du Levant à l'huile [He ta féconde 
efpece] pour emporter les grofles dents 
faites par la meule ou par le grès, en 
donnant plufieurs coups fur le bifeau, 
& deux coups fort légers fur la face pla- 
ne, mais le dernier doit toujours être 
donné fur le côté du bifeau. 

Il faut fuivre auffi cette même métho- 
de pour les outils des Cizeleurs en fer* 
en cuivre, en argent, en or,- enfin de 
tous les métaux, pour tous les cizelets, 
gouges , &c. & même pour tous les 
outils de graveurs, tels que les burins, 
échopes , &c. Quand les pointes de ces 
inftrumens font caffeës > on les répare 
entièrement du côté du bifeau fur le grès 
ou fur la meule, en leur faifant un bi- 
feau bien vif. Le bifeau du burin eft ap- 
pelle par plufieurs Artiftes facette ; il faut 
avoir attention de ne point toucher fur 
les faces plates ni fur la vivacité de la 
carre qui doit travailler; car, plus cet- 
te carre eft vive & fine , plus les coups 
de burins font fins & profonds. Lorf- 
que la pointe du burin eft faite fur le 
grès , il faut néceffâirement en empor- 
ter les traits fur la pierre du Levant Çda 



(130) 

la féconde efpece ] à l'huile , appliquant 
le bifeau ou la facette fur la pierre bien 
à plat,' & labourer ou frotter ççtte fa- 
cette le long de la pierre fans changer 
la dire&ion; il faut avoir feulement at- 
tention d'appuyer un peu plus en allant 
qu'en venant, parce que la pointe du 
burin , dç l'échope ou du çizelet , eft le 
tranchant de l'outil; c'eft par ^ette rai-, 
fon que l'on doit toujours faire marcher 
la pointe devant, afin qu'elle ne fe ter- 
mine pas en morfil, parce qu'au moin- 
dre coup appliqué fur la matière, elle tom- 
berait de façon qu'elle ne ferait jamais 
franche, mais toujours émouffée. 

Toutes les différentes fortes de ci- 
feaus s'affilent comme les cifailles de Jar-t 
cjiniers; je ne crois cependant pas inu- 
tile de rappeller ces principes : Prenez h 
branche de la lame qu'il* faut affiler, dans 
Ja main gauche, de façon que les ci* 
féaux fe trouvent ouverts en croix , pre- 
nez enfuite de la main droite la pierre à 
l'huile [d§ la féconde efpece] ou une 
pierre de Liège à fec [ de la première efc 
pece ] ; appliquz la pierre fur le bifeau du 

#ançhant ; eu & couchant m peu, pow 



»e pas faire le tranchant trop court," 
& frottez la pierre fur toute la longueur 
du tranchant, à plufieurs reprifes, juC 
qu'à ce que Ton fente, avec le pouce, 
un peu de morfil fur le tranchant, en 
dedans des lames; on entend par -le de- 
dans des lames , la face où f8 trouve 1? 
marque du Ctmteiier, ou les deux faces 
qui fe frottent enfemble pour couper, 
Lorfque l'on fent un peu de morfil, il 
faut donner à plat un léger coup dç. 
pierre fur le dedans des lames, & tou«r 
jours donner le dernier coup de pierre 
fur le bifeau du tranchant, & les cifeaux 
couperont bien [20], 

[20] Les cifeaux qui fervent à faire les opé- 
rations fur le corps humain font à diftingueç 
de tous les autres, L'acftion de couper avçç 
les cifeaux, eft de hacher par le frottement 
des deux lames; mais il eft très-polliblc d'é- 
viter cette adiion de hacher, nuifible au fuc- 
ces des opérations; c'eft pourquoi plufieurs 
ProfeiTeurs, comme M. Petit, M. Louis & pliu. 
fieurs autres célèbres Dénionftrateurs , recom- 
mandent de fe fervir d'un biftouri pour l'o- 
pération du bec de lièvre; mais fi tous les 
Couteliers étoiciu inftruits v ils ferojent tous 
les cifeaux à incifion avec un tranchant; Cqow 



(122) 

' Il faut fuivre la même méthode ; 8c 
fe fervir des mêmes pierres pour tous 
les cifeaux, Toit à crins, à cheveux, foit 
des Lingeres, Couturières, Marchands, 
Cordonniers, Tailleurs, Peauffiers, Gan- 
tiers, •& généralement toutes fortes de 
cifeaux quelconques. 

Pour affiler facilement les forces des 
Gantiers & des Bouchers , il faut nécef- 
feirement démonter une branche avec 
on tournevis , & fuivre la méthode in- 
diquée pour les cifeaux ; & pour les. pe- 
tites forces de Taffetaffiers qui font d'u- 
ne feule pièce, & qui par conféquent 
De peuvent pas fe démonter, on les 
preffe avec la main pour faire obéir leur 
reflbrt, pendant qu'on les attache avec 
un petit cordon pour jouir de toute l'é- 

blable à un canif à tailler tes plumes , tels que 
ceux dont fe fert avec fuccès, M. L***, & 
par conféquent auxquels ils n'y auroit point 
de bifeau fur le tranchant s alors les cifeaux 
ne broncheroient point, mais au contraire 
coupetoient très-bien, & l'on fèroit adroi- 
tement les opérations du bec de lièvre, le 
Paraphinaofis, & lafe&ion de la cornée trant 
parente -, mais auflï de tels cifeaux vaudçoient 
ifpuze francs pièce* 



(133) 

Rendue de Ton élafticité ; alors les traiu 
çhans font une faillie fuffifante pour 
appliquer le coup de pierre fur le bifeau 
# fur le dedans des lames. 

La plupart des Cordonniers fe fervent 
indifféremment de la première pierre 
qu'ils trouvent pour affiler leurs tran- 
chets ; plufieurs fe fervent d'un fufîl ou 
d'un pavé; d'autres prennent une mau- 
Vaife forme de bois , & frottent le tran- 
chant defTus comme fur un fufîl : toutes 
ces matières font contre l'ordre de leurs 
ouvrages: & n'affilent que très-impar- 
faitement/ Pour faire un bon tranchant 
propre à couper le cuir, il faut une pier- 
re du Levant de couleur blonde, & à 
l'huile [de la féconde efpeçe] trois ou 
quatre coups donnés adroitement de cha- 
que côté fur cette pierre , fuffifent pour 
affiler ces fortes d'outils en fuivant 
la méthode prefcrite pour repafler les 
couteaux , & faif^nt attention que le der r 
iiier coup de pierre foit donné du côté 
de la cavité du tranchet, pour renver- 
ser les dents du tranchant du, côté du 
irottemeiit; avec de tels outils les ou- 
. yrages en feroient plus ^as£&&, "çrss& 



(124) 

que la coupe feroit bien plus vire, plut 
unie, & plus prompte; & le poli fe- 
roit non-feulement plus facile, mais en- 
core plus diligemment fait. 

Après avoir pafle en revue tous les ou- 
tils tranchans de prefque tous les arts & 
métiers , nous arrivons enfin aux plus dé- 
licats & aux plus précieux, c'eft-à-dire , 
aux biftouris des Chirurgiens , aux Litho- 
tomes , aux couteaux à amputation, 
aux lances , aux aiguilles de la catarade , 
enfin à la lancette. 

Prenons un biftouri qui ait déjà fait 
plufieurs opérations , & dont le tran-' 
chant n'a plus cette vivacité aiguë, & 
fuppofons qu'on n'ait pas le tems de le 
faire repaffer fur la meule pour lui ren- 
dre fa bonté , il faut fe fervir de la pier- 
re verte (quatrième efpece); fi celle-ci 
manque , on peut y fuppléer par la pier- 
re à rafoir (troifieme efpece) un peu 
dur; il faut efTuyer la pierre & ver- 
fer defTus quelques gouttes d'huile d'o- 
live bien propre, & en couvrir la pier- 
re avec le doigt. Tenez cette pierre fer- 
me dans la main gauche , prenez le bif- 
touri de la main droite (.en fuppofant 



toujours un droitier] & faites en forte 
<Jue le bout inférieur du manche fe trouve 
dans la main , le pouce appuyé fur le clou 
du côté droit, & le doigt index faifant 
parallèle fur le clou du côté gauche, & 
ayez les trois autres doigts fur le reliant 
du manche ou châflTe. 

Appliquez le tranchant du biftouri 
for le bout de la pierre , en croix , de 
façon que le dos de l'inftrument, com- 
me nous Pavons déjà dit plufieurs fois, 
ne porte point fur la pierre, mais qu'il 
en foit élevé du quart de la largeur de 
la lame ; faites marchez le tranchant tou- 
jours devant, en traînant le long de la 
pierre (fans varier la pofition de l'éléva- 
tion depuis le bas du biftouri jufqu'à la 
pointe) de manière qu'ayant commencé 
le coup à un bput de la pierfe, la poin- 
te de l'inftrument vienne terminer le 
coup à l'autre bout 

Enfuite d'un tour de poignet, tour- 
nez le biftouri pour appliquer l'autre co- 
té fur la pierre, & agiflèz comme il ett 
dit ci-deffus. En répétant cette manœu- 
vre cinq ou fix fois de chaque côté * 
l'inftrument doit bien couper. 



dis) 

îï faut auffi avoir attention de ne pal 
donner à l'inftrument plus de coups de 
pierre qu'il n'en a befoin , parce que le 
tranchant couperoit bien moins, étant 
trop groffi ; & pour s'afluf er qu'il cou- 
pera bien fur la chair humaine, il faut 
l'effayer fur la première peau de la main 
fens choifir de durillons, mais les en* 
droits où la peau eft fine ; & s'il la cou- 
pe en douceur j il eft au degré néeefc 
faire. Il faut auffi le paflfer fur l'ongle 
comme un rafoir , pour être certain qu'il 
n'a pas de morfil; & s'il coupe auffi net 
la peau, après l'avoir pafle fur V ongle 
comme il la coupoit auparavant, on eft 
très-afluré qu'il n'a point de morfil- 

Cette méthode s'étend fur tous les in& 
trumens tranchans chirurgicaux qui ont 
un dos en entier ou en partie * favoir* 
les lithotomes , les couteaux inter-offeux, 
les couteaux courbes, les biftouris droits 
& courbes. Il eft à remarquer que pour 
les inftrumens qui ont un tranchant con- 
cave ou courbe, il faut que la pierre 
foit arrondie par les carres , & que le 
milieu fbit un peu en dos cTâne, pour 
pouvoir entrer dans la cavité. 



\ 



Cette même méthode s'éteftd aufîî 
fur les fcalpels à difTéquer, foit àdos^ 
foit à lance ou à lancette; mais pour 
ces fortes d'inftrumens, il faut fe fervir 
delà pierre du Levant, blonde [fécon- 
de efpece] & à l'huile , parce que fi le 
tranchant d'un fcalpel eft doux , la chair 
morte s'affaifle , & a beaucoup plus de 
peine à fe couper ; au lieu qu'un tran- 
chant un peu rude entre mieux, par- 
ce qu'il cft facilité par des dents plus 
robuftes. La pierre à rafoir [troifieme 
efpece ; peut remplacer fans inconvénient 
la pierre du Levant; mais îorfqu'il ne 
s'agit que du choix, celle du Levant, . 
blonde, eft préférable. 

Tous lesbiftouris cachés , Lithotomçs; 1 , 
&c. qui font adaptés à des corps faifant 
partie des inftrumens , les gorgeret^pouc 
la taille de M. le Cat, le lithotome de 
M. Louis pour là taille des femmes, le 
biftouri gaftrique de M. Moreau, le bit 
tôuri à hernies de Meffieurs îiienaifé , & 
enfin tous les inftrumens compofé^ de 
plufieurs parties , celle qui eft tranchante 
veut être démontée & féparée des t autres 
parties cour pouvoir les affiler ; fans cçtte, . 



(îâ8) 

précaution on n'en viendrait pas à bùvtt 
Les coupe-cors , les canifs à tailler les 
plumes , les petits couteaux dont fe fer- 
Vent ceux qui font le velours , les efpe* 
ces de canifs ou petits couteaux en ufà- 
ge chez les graveurs en bois, & chez 
tous ceux qui font ces différens petits 
Ouvrages pour les foires , qu'on appelle bi- 
joux d'Allemagne , & ces figures fculptéé* 
en bois , en os , en ivoire , &c. 
; Pour parvenir à bien affiler ces forte* 
d'outils tranchans, il faut fuivre les mê- 
mes principes du biftouri, donner de pa- 
reils coups de pierre , & les pafler fut 
l'ongle pour voir s'ils raclent bien; la 
pierre du Levant , blonde & tendre [ de 
là féconde efpece] eft excellente. 
: Toute la feience d'affiler une lancet- 
te tïb la paffant fur la pierre, confifte, 
comme dans tous les autres inftrumens, 
à former lin bifeau bien vif de chaque 
côté du tranchant, en forte qu'il ne foit 
pas plus fort ni plus large d'un côté que 
de l'autre, mais au contraire bien régu- 
lier. Pour y parvenir il faut nécefTaire- 
ment régler la main pour chaque coup de 
pierre, afin de ne çasâççuyer plus fort 



d'un côte que de Pautre, & pour alleï 
toujours d'une égale légèreté. 

Supposons donc qu'une lancette foit 
bien repaflee fur le tour, qu'il y ait du 
morfil, & qu'il foit néceffaire de l'affi- 
ler entièrement. Prenez la pierre du Le- 
vant, tendre, blonde & bien douce [fé- 
conde efpece] dans la main gauche, la 
lancette de la main droite , è ayez foin que 
le pouce foit placé fur le clou , & que l'ex- 
trémité du pouce aille jufqu'à la marque 
<Ju fer de la lancette , & que le doigt in- 
dex prenne la même pofition en deflous; 
alors les trois autres doigts foutiennent 
le refte de la châfle, dont l'extrémité 
inférieure touche le creux de la main. 
Quoiqu'il foit néceffaire de la tenir avec 
fermeté, il faut avoir néanmoins la jouif- 
fance de la tourner facilement dans la 
main, pour affiler les quatre faces de 
tranchant. 

. - Enfuite appliquez en croix la lancet- 
te fur la pierre,, de façok que le tran- 
chant feul y porte , & que l'autre côté 
de tianchant en foit toujours élevé du 
quart de la largeur de la lancette; cet* 
te remarque eft de la dernière conféquen- 



(130) 

ce. Dans cette pofîtion, traînez la lan-^ 
cette d'un bout de la pierre à l'autre, 
faifant toujours marcher devant , le tran- 
chant qui pofe fur la pierre; la pointe 
étant arrivée près du bord, & au bout 
de la pierre, faites tourner la lancette 
dans vos doigts, & mettez l'autre côté 
du tranchant dans la même pofîtion pour 
y donner un femblable coup; & après 
l'avoir donné , appliquez l'autre côté du 
tranchant fur la pierre, & d'un revers 
de main donnez le troifieme coup ; fai- 
tes encore tourner la lancette dans vos 
doigts pour donner à revers de main 
le quatrième coup, qui eft la dernière 
face du tranchant. 

Cette pierre du Levant (féconde ef- 
pece) eft celle qui mange le plus; par 
£onféquent il faut affiler bien légère- 
ment; trois ou quatre coups fur chaque 
face doivent fuffire, tant pour faire tom- 
ber le morfil , que pour régler la poin- 
te, parce qu'un tranchant tropgroffi ne 
peut jamais entrer avec douceur; mais 
fuppofons qu'elle foit l^en repaflee; pre- 
nez alors la féconde pierre, (quatrième 
ê/pece) qui eft beaucoup plus douce, 



& féfvez-vôus-eri comme de là preriiiefé 
en prenant les mêmes politions* 6^ fui* 
vànt le même bifeàu; 

Cette pierre emporte les çrdfles dents' 
qu'à faites la première $ elle en fait aulfi 
par elle-même * mais beaucoup plus fi-* 
nés* qu'il faut néeeffàiremënt emporte* 
fur une troifieme & derniete pierre. 

Il faut remarquer que la première n'é- 
Jcige que trois ou quatre coups fur cha- 
que face de tranchant 6 & que là fecon* 
de feri exige fept ou huit (2i> 

Prenez enfin là troifieme pierre qui 
èft celle de là Cinquième éfpece; e'eft 
ce caillou rare que j'ai indiqué -, dont 
les pores font fi ferrés & fi unis * qu'ils 
lie laiffent au tranchant aucune dent* 

vifible au microfcope l ce qui produit la 

■ »• • • . ^ __— 

(21) La diftance de la première pierre du 
Levant, tendre * à la troifieme verte & dure* 
feroit trop confidérable pour fe difpenfer dé 
la féconde, parce que la troifieme ne mangé 
pas aflèz pour emporter parfaitement les traits 
& les dents que fait là première pierre j par 
conféquent une féconde pierre qui eft plus 
dure que la première * & plus tendre qtfd 
*a troifieme, devient % non - feuUtta&& «&s&» 
tielh* mais même 'mdirpmftàAe* 

\ % 



grande douceur de la lancette; cepeiS 
dant elle mange fuffifamment pour em- 
porter les dents qu'a faites la féconde , 
qui eft la quatrième efpece. Les coups 
de pierre fe donnent précifément com- 
me avec la première & la féconde pier- 
re; elle exige autant de coups elle feu- 
le que les deux autres enfemble ; c'eft- 
à-dire que la première en dehiande trois 
pu quatre, la féconde fept ou huit, & 
la troifieme dix ou douze fur chaque fa- 
ce de tranchant Remarquez auffi que 
fur les trois pierres , les derniers coups 
doivent être donnés plus légèrement 
que les premiers. U s'agit a&uellement 
de s'aflurer fi la lancette eft en état Efc 
fuyez-la & portez-la entre vos lèvres par 
le bout de la châfle. Prenez du cane- 
pin [22] & tenez un bout entre le 
pouce & l'index, faites paffer l'autre 
bout entre le doigt annulaire & celui 

(22) Ce canepin n'eft autre chofe que la 
première peau préparée ou l'épiderme d'un 
chevreuil. Il ne faut pas omettre de l'exami- 
ner au tranfparent , pour s'affurer s'il n'y a 
£oint quelque endroit double,- c'eft ce qu'il 
faut néceifairement éVvifct- 



(133) 

9u milieu , & tènez-le très-Ferme ,' écar- 
tez l'index de celui du milieu. Ce cane- 
pin s'étend comme la peau d'un tam- 
bour: prenez la lancette que vous tenez 
entre vos lèvres ; mettez le pouce fur le 
clou, l'index faifant parallèle de l'autre 
côté ; appuyez le petit doigt fur la main 
qui tient le canepin, afin de fervir de 
point d'appui ; c'eft une fureté néceflai- 
re pour préfenter la pointe au canepin , 
parce que .le moindre tremblement la fe- 
roit émoufler, & c'eft par cette raifon 
qu'il faut approcher lentement & fans 
fecoufles. Étant bien fur dans les pofU 
tions ci-defTus prefcrites, approchez la 
pointe bien perpendiculairement fur le 
canepin, examinez fi, elle entre fans ré- 
fiftance , fans même faire fléchir le canepin. 
» Quoiqu'elle entre parfaitement bien 
du premier coup, préfentez-la toujours 
deux ou trois fois; il faut enfuite eflTayér 
le tranchant ; pour cet effet dirigez' la 
main qui tient le canepin en forme de 
pupitre , & tenez la lancette en ligne di- 
refte; plongez-la -dans le canepin d'envi- 
ron quatre ou cinq lignes de long, & 
en la retirant fciez le causera > 'dis. fcsfc 



(i34> 

tntr«r & couper avec tant de doueeoe 
qu'il ne faut point qu'on entende aucui* 
craquement: le çanepirç doit être coupé 
pet & fans" aucun déchirement. 

Il eft très-néceflaire , comme nous ve* 
lions de le dire, d'eflayer trois fois 1^ 
pointe furie çanepinj en voici laraifon: 
les apprentifs Affileurs , craignent de gâ- 
ter la pointe de la lancette en la pat 
fant fur la pierre, ne vont pas pjpcifé- 
çient jufqu's la pointe; cette crainte eft 
très-préjudiciable, parce que là pointe fe 
trouve étranglée à un quart de ligne de 
fa fuperficie ; alors cette pointe forme 
une petite perle trèsrvifible à la loupe ; 
de forte que cette pointe perlée plie quel- 
quefois au fécond coup fur le canepin , 
& fe çaflfe enfin au troifieme; ce qui 
prouve qu'elle eft mal affilée. 

Cependant, il arrive majheureufement 
Êufiï quelquefois que cette mauvaife poin- 
te réfifte au çanepjn ; ç'eft un très-grand 
malheur, car elle ne réfifte jamais au 
bras ; & il n'y a peut-être point de Chi- 
rurgiens à qui il ne fqit arrive de trou- 
ver bonne une lancette eh Teffayant fuç 
Jb canepin, & avec Usuelle il n'a pij 



<*3f) 

&ire de faignées, par la réfiftance tota* 
le qu'oppofe la chair humaine, & qui 
provient de cette pointe perlée , qui pour 
peu que la main du Chirurgien balan- 
ce, ou que le coup ne foit pas dirigé 
en ligne dire&e ou perpendiculaire, la 
perle cafte, fi la lancette eft bonne, & 
fi l'acier eft un peu mou, la perle le 
plie ; ainfi de toute façon l'opération eft 
planquée. 

Il arrive quelquefois qu'un Phléboto* 
piifte craignant d'épouvanter le malade, 
ou le faire languir , ne change pas d'ink 
trument , franchit lç coup, plonge bruk 
quement, & fait fon opération avec 
douleur : il eft vrai que la pointe de la 
lancette cafle & entre ordinairement dans 
le vaifleau; mais communément il n'y 
a rien à craindre de ce corps étranger, 
parce qu'en retirant l'inftrujnent de la 
pon&ion, la perle eft chaffée par îefang 
avec autant de vivacité qu'elle eft entrée. 
Ce méchanifme naturel exempte bien 
des perfonnes des mauvaifes fuites qui 
pourraient réfulter de ces pointes mal 
faites. Je ne répondrais pas cependant 
que ce méchanifme réufliffe , ovi Qga& < *& 



030 

toujours réuflî heûreufement , car ôrf 
voit tous les jours dans le monde beau- 
coup d'accidens dont on ignore la caufe* 
Un Chirurgien qui veut , repafler fes 
lancettes fur la pierre , feulement pour 
entretenir la douceur de la pointe & celle 
du tranchant, n'a pas befoin de celle du 
Levant , qui eft la première ; les deux 
dernières lui fuffifent ; en voici la raifon : 
quand une lancette fort de chez le Cou- 
telier ( en fuppofant le Coutelier bon 
lancettier) la pointe eft réglée &le mor- 
fil en eft'ôté. Ce n'eft donc que pour 
rafraîchir la pointe & le tranchant ar- 
rondis par la quantité de faignées , que 
le Chirurgien peut entreprendre d'affiler 
un tel infiniment. 

D'ailleurs pour faire , fur la pierre, la 
pointe à une lancette émoùïTée, il faut 
avoir une main de Maître & une con- 
noiîfance profonde, qu'on ne peut ac- 
quérir que par un long exercice. Il fa lit 
encore pouvoir juger fi la pointe & les 
tranchans font affez fins pour fupporter 
la quantité des coups de pierre nécefTai- 
res pour faire l'un & l'autre, & pour 



d37> 

leur donner un degré de perfeâion qui 
leur eft indifpenfable. 

J'ajoute encore qu'une lancette n'efi 
pas en état de fupporter autant de coups 
de pierre que l'on fe l'imagine ; car la 
pointe & les tranchans étant trop groffis 
fur la pierre , l'inftrument opère toujours 
avec douleur ; ainfi, quelque bien re- 
paflee que foit une lancette fur le tour , 
elle ne peut efluyer que deux ou trois 
repaflages de pierre ; parce que pour ren- 
dre la vivacité à la pointe & aux tran- 
chans ufés par le frottenient de, l'opéra- 
tion ou de l'a&ion de faigner , il faut les 
groffir fur la pierre pour former une nou- 
velle pointe accompagnée de fon double 
branchant ; cette opération ne s'effe&ue 
qu'en ufant fur la pierre le bord du tran- 
chant, ce qui fait que la lancette fe ra- 
courcit & le rétrécit, & que fes bords 
cri fe rapprochant du centre , trouvent 
trop d'épaiffeur ; ce qui eft abfolument 
contraire à la parfaite douceur qu'exige 
une bonne lancette. 

* Les inftrumens fervant à faire l'opé- 
ration de la catara&e , exigent les mê- 
mes foins que Ton a petfrate cv&K&& 



(138) 

pour les lancettes; ce font auffi lesmê* 
mes pofitions & les mêmes manœuvres 
pour les repaflèr fur les pierres ; parce 
qu'il faut qu'ils aient tous ( de telle mé- 
thode que ce puifle être ) la même poin-i 
te & le même tranchant que la lancette ; 
on doit auffi par conféqueut les effuyer 
fur le canepin , & les faire* parvenir auj 
degré nécefTaire pour y çntrer avec h 
même doufccyr, à tous égards , que U 
lancette. 

Tous les inftrumens fervant à faire de* 
pondions , & qui ont deç pojntçs fem-, 
blables à des bneettçs , exigent auffi le* 
mêmes fonts ; comme p^r exemple * te 
pharingotome pour percer un abcès dan» 
la gorge , le kiftiteme pour couper U 
membrane çrifUUine -, h lancette h ab-> 
ces , les trois quarts &ç. Tous ces infc 
trumens doivent être démogté§ de leur% 
cafés ou c^nuks pour les affiler avec fa-» 
cilité. Pour une entière perfection dans» 
les opérations, les épingles à jbe.c déliée 
vre , & les aiguilles à futftïe , doivent} 
avoir la même pointe des lancettes a & 
par conféquent elles doivent être afiUçç% 
Jle même. 



Çi3?) 



CHAPITRE X, 

Observation fur la faignée , dont il refaite 
un moyen far pour prévenir certains 
dangers qui proviennent quelquefois de 
cette opération , en faifant voir qu'elle 
importance il y a d'avoir chacun fes 
lancettes 9 tant far terre que far mer* 






l'o p i r 4 t i o n la plus exercée en 
Chirurgie 9 Sç le remède le plus fouvent 
adminiftré eft , à n'en point douter la 
faignée; c'eft auflï, quoiqu'en dife l'Au- 
teur du Confervateur dij Sang Humain, 
& le lme intitulé de la Santé, le remè- 
de le plus efficace de tous , celui qui 
opère le plus promptement fur les mala- 
dies , tfeft enfin le plus uniyerfellement 
recommandé par les Médecins ; c'eft donc 
une opération des plus préçieufes à l'hu- 
manité , & qui mérite une attention par- 
ticulière. Cette réflexion eft des plus im- 
portantes , & ne doit pas furprendre 
Qu'elle fe tjrouye faite par u^ À&ti&^v^r 



pliqtié depuis long-tems à chercher tout 
les moyens propres à perfectionner un 
Art qui fceut être auffi utile a celui de 
guérir. 

Tout être qui a la faculté de penfèf 
doit dire librement fon fentiment pour 
la caufe commune , fur - tout lorsqu'il 
croit avoir trouvé le moyen d'être utile 
à fes Concitoyens. J'uferai donc de cette 
liberté en propofant à tous les hommes 
d'avoir en propre des lancettes , afin qu'el- 
les ne fervent qu'à eux feuls;par ce 
moyen fort fimble par lui - même , per- 
fonne ne rifquera de gagner quelqu'in- 
commodité ou quelque maladie étrangère 
à fon fang & à fa bonne conftitution. 
Sans entrer dans un long détail fur cette 
matière , il eft aifé de fentir combien par 
cette voie on peut altérer fon tempéra- 
ment 

Une lancette qui a plongé dans un 
fang , ou vicieux par lui-même , ou gâté 
par plufieurs caufes , peut caufér de 
grandes incommodités à une perfonne 
faine , à qui l'on plongera cet infiniment ; 
parce que quelque portion du virus, quel 
qu'il foit 9 peut tfattadaat k l'iafounignt* 



Ç r4» > 

tnalgré la propreté du Chirurgien ,~ at< 
tendu que le fang féjournë toujours fur 
la lancette pendant tout le teras que du- 
re lafaignée. 

Mon raiionnement eft appuyé fur la 
phyfîque même ; elle nous apprend qjie 
tous les corps font un compofé de cor- 
pufcules , qui joints & unis enfemble 
n'en forment qu'un feul , & cette union 
eft affez prouvée par l'infpe&ion même 
des pores que l'on trouve fur les corps 
les plus durs & les plus unis. 

L'acier , ce précieux métal , n'eft pas 
de ftrufture différente des autres corps ; 
ç'eft un compofé de globules ; il a fes 
pores , ils font vifibles en plufieurs cir- 
çonftançes , foit quand il eft chauffe , 
bouillant, foit lorsqu'on le trempe à fon 
degré de chaleur , dans une eau bien 
claire , foit quand la- rouille $ commen- 
cé à le décompofer , & on les voit au 
inicrofcope. 

Etant convaincus que l'acier a des po- 
res, nous devons le regarder comme un 
corps , fur la furface duquel il y a une 
infinité de petits trous fuffîfamment ou- 
vers pour recevoir & coufetwc. s^V^s- 



< I4> ) 

globules de fang de là première faigriéefi 
dont on fuppofe le fujet vicieux 

Par ce fimple expofé il eft aifé de con-» 
dure qu'une lancette deftiriée à ôuvriif 
les vaiffeaux , en plongeant dans la mafle 
d'ijn fang mauvais * eft réellement fuf- 
ceptible de recevoir dans fes potes une 
fuffifante portion de globules vicieux * 
pour pouvoir communiquer quelque ma-* 
lignite > en plongeant dans une autre 
mafle de fang qui n'a aucun yirus dan-» 
gereux „ & dont le fujet ell faht 

Je fais que dans un fiecle auffi fertile 
en écrits que celui où nous vivons , mort 
obfervation ne manquera pas de critiques} 
mais je demande qu'il me fott permis 
de faire feulement une queftion à mes 
contradi&eurs* 

Vous dont le tempérament à fu op- 
pofer un tempart inacceflible aux atta- 
ques cruelles du fléau le plus commun* 
de nos jours , vous dont la bonne con- 
duite & une vraie fageffe \ a garanti des 
fuites funeftes d'une vie déréglée ; per- 
mettriez-vous de bonne foi qu'une lan- 
cette avec laquelle on vient de faigner 
une perfonae attaquée tfe -c^Va^ vaau- 



Vaife maladie > vous fervît immédiate» 
inent après la première opération ? 

Vous me répondrez peut - être que - 
Vous y confentiriez 5 pourvu que vous 
foyez afluré que la lancette a été lavée 
& bien eflbyée après l'autre opération; 
permettez-moi de vous expofer le dan- 
ger de votre fauffe fécnrité , même après 
ces précautions. 

Le plus vigilant Chirurgien n'eft pas 
toujours le maître de fa promptitude & 
de fon exà&e propreté , pour effuyer fa 
lancette aufli-tôt qu'il le faudrait ; il eft 
obligé d'attendre au moins qu'il ait panfé 
la faignée ; n'arrive-t-ii pas encore fou- 
vent que la perfonne fe trouve mal, 
d'autres à qui le fang vient fi difficile-* 
menf que l'on eft très - long -tems à en 
tirer une fuffifante portion ? Enfin , dans 
.combien de cas le fang ne refte-t-il pas 
trop long -tems 9 malgré là fageffe du 
Chirurgien qu'on trouverait, certaine- 
ment condamnable, fi, dans de fembla- 
blés circonftànces , il préférait de laver 
& effuyer la lancette , à donner du fe- 
cours à fon malade ? C'eft donc malgré 
lui , que le fang féche çrefc^A $» ^\s&> 



trament 9 s'infinue dans les pores, &Iu* 
procure" une faleté capable de nuire à 
. d'autres. Et la preuve évidente que le 
mauvais fang s'infinue dans les pores de 
l'acier , eft que quand une perfonne fai- 
gnée a eu un long évanouiflement , qui 
n'a pas permis au Chirurgien de laver 
fa lancette affez-tôt , le fang s'y attache 
pour lors fi vifiblement , qu'il n'eft plus 
poffible de l'ôter fans repaifer la lancette 
fur la meule. 

: Si on ne veut pas convenir que les 
accidens de gagner le mal par la lancette 
arrivent fréquemment , au moins l'on ne 
peut nier la poffibilité de la communi- 
cation de quelque maladie ou malpro- 
preté ; car la pratique de l'inoculation 
de la petite vérole fuffit pour prouver 
ce que j'avance. 

Cependant il eft très-facile de fe pré- 
server de ce, danger : c'eft d'avoir cha- 
cun fes lancettes , & ne point permet- 
tre qu'elles fervent à d'autres personnes : 
car il ne feroit pas poffible d'exiger d'un 
Chirurgien d'avoir une lancette pour cha- 
cun des malades qui ont befoin de fai- 

gnéçs ; 



(145) 

gnées ; combien lie lui en faudrait - il 
pas ? & comment les reconnoîtroit- il ? 
Il faudroit aiiffi qu'il en eût toujours fur 
lui des neuves pour les nouveaux mala- 
des: Il êft donc bfeh plus fimple ; bieii 
plus convenable & bien plus^fûr d'avoir 
chacun fes lancettes: 

Ûri pete de famille petit aifément avoir 
chez lui un étui de quatre ou fix lan- 
cettes , parce qu'il faut les prendre de 
différentes formes ; afin de fe conformer 
aux ufages & aux méthodes de chaque 
Chirurgien ; fuppofons par exemple que 
l'on en faffe faire quatre ; il en faut deux 
à grâiri d'orge & deux à grain d'avoine ï 
te font lés termes de l'Art: 

Pour un parfait affortiment il en faut 
fix ; c'eft-â-diire i deux à grain d'orge j : 
deux piramidales , & deux à grain d'a- 
voine : lés piramîdales tiennent le milieu 
fentre les deux autres efpeces. Avec ces 
trois formes de lancettes; pas un Phlé- 
botanifte ne refuferâ de faire une fat- 
gnée * parce que toutes les méthodes dé 
Ërigner font renfermées dans ces trois 
formes de lancettes & que chacun peuè 



^ 



dhoifir à fon gré celle qui lui convient 
le mieux }[a3J. 

Il faut auffi avoir ioin de tenir tou- 
jours du canepin dans l'étui , afin que 
chaque Chirurgien puifle effayer ia lan- 
tjette à diaque lignée , pour aflurer fi 
elle va bien. 

Je porte encore plus loin ma réflexion ; 
chaque vaifleau embarque les ouvriers né* 
ceflaires pour réparer les dommages qu'il 
fouffre dans fon trajet ,; l'on y voit tous 
ouvriers très - utiles , des Charpentiers , 
des Foigerons , des Ferblantiers , des 
Arquebusiers &c. mais on n'y voit ja- 
mais des Couteliers ; qu'on me permette 
donc de faire fentir la conséquence de 
cette réflexion. 

Chaque Chirurgien de vaiflfeau empor- 
4e avec lui trow ou quatre étuis garnis 
de lanoettes , & fouveût au bout de quin- 
ze joins de mer toutes ces lancettes & 
•trouvent rouillées, des maladies furvien- 
lient aux cens de l'<équipage * il fout bai- 
gner 9 il etëhtenà préfumer que les Cht- 

ï>3:l V«y«2c fes F*. 5. «. 7. et la feoon» 
We Planche. 



<*47) 

turglens font obligés d'opérer avec leiup 
inftrumens , tels .qu'ils les çnt, dontle$ 

Î jointes & les traaçhans font mangés par 
a «ouille. 

En fécond lieu , le vaiffeau faifant uqi 
long voyage * après quinze ou dix4iuit 
mois de traverfée , il arrive dans uae 
Isle dépourvue de Cputelier , & fpr-£pt$ 
lancettiers & faifeurs d'inftrumens de Chi- 
rurgie ; comment donc faire çn cette 
circonftauce ? u'efton pas obligé de fair- 
te fervir des inftrumens qui font , noru- 
feulement fatigués par le fervice , mais 
encore tous mangés de rouble ? 

Examinons qfr trpifiéme lieu ? que ces 
mêmes inftrumens feryent à tous les gens 
du vaiffeau ; Capitaine, Officiers, Sol- 
dats, Matelots &£• font tous opérés avec 
les mêmes Jbiftpuris, les mêmes rafpks, 
les mêmes --lancettes &c. Uu Matelot fe 
touvant fatigué par la forte manœuvre , 
& à qui il ïurvient une petite fièvre , un 
mal de tête; une demi -journée de re- 
pos & une îajgnée devrait le .guérir,; 
on le feigne ajnffi , mais avec une mau- 
?aife lancette r , Se qui, peut-être, a dé- 

1L* 



(14*) 

jà faigrié un ou plufieurs fcorbutïques > 
cet homme doit-il être guéri? 

Et quand , après un combat fangïant* 
il fé trouve deux ou trois cens bleffes i 
Combien d'opérations n'a - 1 - on pas à 
faire ? Ce moment eft fort critique , fi 
Ton fè repréfente qu'un biftouri ne peut 
faire qu'une , ou tout au plus deux opé- 
tations ; parce que le tranchant ayant 
toufché à l'os , il ett émoufle ; d'un au- 
tre côté, là fonde crénelée émouffë là 
pointe* 

Que s'enfuit-il delà , finon que l'on 
voit tous les jours de nouveaux maladeft 
les maladies deviennent dontagieufes , le 
fcorbut ravage tout le corps * les hoirt- 
mes meurent , & toute la Patrie en fouf- 
fre. Il eft évident , d'après ce que je 
viens de dire, qu'un Coutelier eft d'une 
grande utilité dans un vaiffeau; Ne croï- 
roit-on pas faire un meurtre d'envoyer 
un vaiflfeau de huit ou neuf cens hom- 
mes d'équipages , fans aucun Chirurgien ? 
Ce feroit certainement envoyer des hom- 
mes au hazàrd ; & qu'eft-ce qu'un Chi- 
rurgien fans l'art du Coutelier ? U né 



(149) 

pçut exercer que la Médecine , & jioti 
les opérations de Chirurgie. 

Je dis avec connoiflance de caufe , 
qu'un Coutelieridatis un Vaiflfeau , quand 
même il n'auroit quç le talent de bien 
repaffer une lancette , un biftourî , un . 
rafoir , un couteau courbe ,' & générale- 
ment tous les inftrumens tranchans qui 
font indifpenfables , Se dérouiller ceux 
qui n'ont % point de tranchant , foit fon- 
de, trépan , feie, &ç. racheterpit là vie 
à un tiers de malheureux qui meurent, 
pour ainfi dirç, par force ; ou tout au 
moins, fi l'on croit que j'exagère , doit- 
on convenir qu'il épargnerait beaucoup 
de maladies. , 

Il ne faut pas penfer que mon ^©bfer- 
vption devienne difpendieufe & expofe 
à une plus forte dépenfe fur tin vaifTeau, ' 
car, au contraire, ce but tend plutôt! 
à l'œcqnomîe ; parce qu'un Chirurgien^/ 
au lieu de deux douzaines de lancettes, " 
y ne douzaine lui fbffiroient; ainfr &*à A 
proportion des autres inftrumens. Bien 
plus , il eft \ remarquer qu'une caifTe 
d'inftrumeqs ne fait jamais plus d'une 
campagne , encore La faifc-s\k. xsg\ «> \rci&- 



Ofo-) 

qrfàù retour , la rouille a fl fort péné- 
tré, que toute la caille n'eft plus pro- 
pire à (ervir , & n'eft vendue que pour 
de vieilles ferrailles. Il eft aifé de juger 
(JU'un Coutelier qui feroit occupé de l'en- 
tretien de ces inftrumens , feroit en lorte 
qu'une caille , au lieu d'une campagne, 
en feroit trois ou quatre. Mais en mê- 
me tems , pour profiter de tous ces avan- 
tages , & n'embarquer qu'un Ouvrier ca- 
pable de remplir cette place, * il feroit à 
propos de s'en affûter ;'un Maître dans 
une ville dtl Royaume , favant hQjçume 
& côûnoiffeur , qui nomnjeroit avec. 
chôi& lin Irifpè&éur Coutelier dans cha-* 
due Port de mer , lequel feroit chargé 
de faire travailler le compagnon , lui fai-. 
rë faire le çhef-d'cçuvte convenable a & 
nfc râgrégèr da»s le vaUTeau* qu'après 
leçértiftçâtdêl'lix^eéîtçur ; par ce moyens 
aûfii Facile que râifoaaable ,. on s'aflUrç** 
rcût dé la capacité de l'Ouvrier, 

■ jr/M 






3 



TABLE 

1>ES MATIE RE S. 

C' 
hapitre Premier. Des Pierres à 

Rafoir , leurs différentes qualités ; indu 

cations pour apprendre à diftinguer les 

bonnes dUavec tes mauvaises ; manierje 

de les mettre en état de fervir 9 & les 

moyens de les conferver bonnes, pag. i 

Chap. IL Du tranchant du Rafoir y quali- 
tés ejjentielles qu'il doit avoir, différence 
de fon tranchant avec les autres inftru- 
mens , Vart de V affiler ou repajjerfur la 
pierre, indication certaine pouf P entre- 
tenir en bon état pag. £ 



ït* ' ' ' T A B LE 

Çhâp. III. Du cuir à repaffer les Rafoirs ^ 
J on utilité in ( difpenfab le , dijfertationfux 
les poudres ou potées propres affaire le, 
cuir , moyens de : \es faire foi-même , de 
plufieurs manières , & la méthode de 
s'en fervir avec avantage. Suivi d^une, 
note % , page 3 8 > qui apprend le feçret 
de faire des Potées pour polir* t acier, 
femblable au poli anglois* pag. 3 3 

Çhap. IV. Du Poil, fa nature , fanaif* 
fance , qu'elle eft fa forme dans fa ra- % 
çine & dans fon corps, & delà caufe, 
de la fenfibilitê dans t opération de la> 
Pogonotomie. pag, %% 

Ghajr. Y- Dp Vufage & la néceffité de la~ 
ver & favpnner la barbe avant de ht 
couper , avantage qui en réfulte , & la 
tjmniere defe bienfayonner. pag. ç § 



TABLE DES MATIERES. u|j 

Çhap; VI. Manière Rapprendre à fe rafer 
félon la méthode ordinaire, pag. 6% 

Chap. VU. Defcription du Rafoir à rabot*' 
moyens de s 7 en fervir avec avantage *' 
méthode pour apprendre à fi rafer avec 
cet inftrument, autre méthode pour ap- 
prendre à fe rafer avec une tête à per- 
ruque. l pag. 7? 

Çhap. VIII. Differtation fur toutes les 
Pierres propres à affiler tous les outils 
& inftrumens tranchans , où Ion ap- 
prend à connoître & dijlinguer les bon- 
nes davec les mauvaifes ; applications 
des pierres pour les différens .tranchans i 
pioyens pour fe les procurer bonnes & 
les mettre en état de s*en fervir avec 
fuccès. . pag. 8* 

Çhap. IX. Principes généraux pour ap- 



if 4 TABLE 

prendre à affiler toute forte (titt/tru* 
ment , & outils tranchant, depuis la 
tache jufqu'à h lancette * & dont cb<u 
que Art ê? Métier , trouveront les mé- 
thodes qui conviennent $our PajfUage de 
leurs outils. pag. 101 

Chap. X. Obfervationfiir fa f oigne e, dont 
il refaite un moyen fur pour provenir 
certains dangers qui proviennent quel* 
quefois de cette opération , en faifayt 
voir qtcel importance il y a d'avoir cha- 
cun fes lancettes y tant fur terre que 
fur mer. jag. 139 

Fin de la Table. 




ï 



— 



APPROBATION. 

* 

jLermis d'imprimer la Togonotomïe , on 
tArt Rapprendre à fe rafer foi-même &c. 
A Yverdon le 20 Février 1770. 

Pillichopy Châtelain de Baulmes» 
Cenfeur. 



i 






I